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Apprentissage autochtone, Le Réseau ÉdCan

Reformuler les obstacles à la réconciliation dans les écoles

Un rassemblement pancanadien mise sur les opportunités pour le changement

À la suite de la publication en 2015 du Rapport final de la Commission de vérité et réconciliation, les systèmes scolaires du Canada se retrouvaient aux prises avec le défi de déterminer comment mieux intégrer des perspectives autochtones à tous les niveaux et à tous les aspects de la scolarité, dont des leçons sur l’histoire et l’héritage des pensionnats. Alors qu’une vaste gamme d’approches visant la réforme des programmes scolaires et les plans de perfectionnement professionnel du personnel scolaire a été développée, il est possible de constater que les écoles progressent cependant à des rythmes différents dans leur cheminement vers la réconciliation et dans la mise en œuvre des appels à l’action relatifs à l’éducation de la Commission.

Bien que de nombreux éducateurs se trouvent au stade de « comment faire » et se questionnent afin de ne pas commettre l’appropriation culturelle, d’autres continuent à se demander « pourquoi devrais-je faire cela? », « en quoi cela me concerne? » ou « je dois respecter mon programme scolaire, mais par où suis-je supposé commencer si je possède peu ou aucune connaissance à ce sujet? ».

Afin de traiter de cet enjeu, le Réseau ÉdCan, qui regroupe des leadeurs canadiens en éducation, a organisé une journée de perfectionnement professionnel à l’Université de Lethbridge le 12 octobre 2018. Intitulé « Vérité et réconciliation dans toutes les écoles », cet évènement proposait de réfléchir sur « ce que nous savons, ce que nous ne savons pas, et ce que nous devons faire pour avancer avec respect ». Les discussions se sont déroulées avec la reconnaissance que la voie vers la réconciliation n’est pas seulement un processus continu auquel tout le monde est appelé, mais qu’il exige également un investissement personnel qui se déroulera différemment pour chaque éducateur. L’évènement s’adressait ainsi à tous les enseignants et futurs enseignants, peu importe où ils se situaient dans leur réflexion. Des auteurs ayant écrit pour l’édition spéciale sur la « Vérité et réconciliation dans les écoles » du magazine Éducation Canada y ont également participé. Cette thématique présentait les progrès réalisés jusqu’à présent par les écoles publiques canadiennes à ce niveau.

Participants de la table ronde
(De gauche à droite) Ira Provost; Leroy Little Bear, Ph. D.; Julaine Guitton; Pamela Rose Toulouse, Ph. D.; Michelle Hogue, Ph. D.; Darren Googoo;  Francis First Charger.

Leroy Little Bear, Ph. D., a observé que l’aspect institutionnel a joué un rôle important, au cours de l’histoire, dans « la formation des surintendants, des agents Indiens, des ministres des Affaires indiennes et des premiers ministres » qui ont implanté des politiques ayant d’ailleurs conduit à la mise en place des pensionnats. La responsabilité d’agir revient donc à l’enseignant, mais également aux institutions qui les forment.

Au cours de la table ronde, les intervenants ont souligné la nécessité pour les éducateurs d’évaluer avec leur cœur leurs intentions et leur travail, au lieu de « marcher sur des œufs » et de rester stagnants par peur de poser une question « stupide » ou qui pourrait offenser quelqu’un.

Considérant que l’action vaut mieux que l’inaction, les intervenants ont souligné que personne ne se sentirait jamais à 100 % prêt à relever ce défi. Selon Pamela Rose Toulouse, professeure agrégée à l’Université Laurentienne et auteure du livre Truth and Reconciliation in Canadian Schools, il est nécessaire que les enseignants arrivent à dire « je ne sais pas » s’ils veulent travailler avec les autochtones et communautés marginalisées.

De plus, si les enseignants souhaitent améliorer leurs connaissances, nouer des relations basées sur la confiance et travailler en collaboration avec des autochtones, ils doivent avoir la volonté de faire appel à des consultants autochtones, des conseils scolaires, des ainés, des gardiens du savoir et des personnes possédant une expertise authentique. Grâce à ces précieuses ressources humaines, ils seront en mesure de passer leurs savoirs sur les traités, pensionnats et problèmes persistants auxquels sont confrontées les communautés autochtones.

« Notre plus grand obstacle à la réconciliation, c’est nous-mêmes », a souligné Pamela Rose Toulouse. « D’une part, les éducateurs ont leurs peurs, leurs malentendus et leur fierté, alors que d’autre part, pour quelques-uns, c’est une question d’indifférence ».

Pamela Rose Toulouse, Ph. D.

« Mais je n’ai pas d’élèves autochtones dans mon école » n’est que l’une des excuses courantes que madame Toulouse a rencontrées dans son travail auprès des éducateurs. Elle suggère par conséquent de percevoir la réconciliation en tant qu’un projet collectif à l’instar d’autres enjeux primordiaux tels que la sécurité alimentaire, le changement climatique et l’équité, qui touchent tous ceux qui ont des enfants, des petits-enfants, des neveux, des nièces, des familles et des amis qui composent la génération d’aujourd’hui et de demain. Elle indique qu’affronter l’indifférence et les excuses implique également d’éclairer les contributions contemporaines des peuples autochtones en reconnaissant que « le hockey, certains médicaments, les croustilles et même le Dr Pepper » sont des inventions des peuples autochtones ou en sont inspirées. Alors que les programmes scolaires parleront des pensionnats et des traités, les éducateurs sont responsables de combler des lacunes en menant des discussions sur les modèles de rôles autochtones positifs et leurs contributions au monde actuel.

Julaine Guitton

La conférencière Julaine Guitton est un exemple inspirant d’enseignante non autochtone qui a axé sur la résilience des peuples autochtones dans sa classe au-delà de sujets tels que le génocide culturel et les pensionnats. Cette approche, qui soutient le message que les peuples autochtones ne sont pas d’abord des victimes, s’est révélée efficace auprès de ses élèves de cinquième et de sixième année. En tant que responsable de l’initiative « Project of Heart » de l’école primaire Stavely, madame Guitton a mené avec ses élèves une enquête comprenant des recherches globales sur les pensionnats au Canada, une recherche focalisée sur un pensionnat particulier, une rencontre avec un survivant et, au final, un acte artistique de réconciliation. Dans une ville rurale où la grande majorité des élèves vit à la campagne, une compréhension des relations entre les autochtones et la terre correspondait à la pierre angulaire de leurs discussions. D’après Francis First Charger, ainé en résidence à l’Université de Lethbridge, cela élargit l’ouverture des élèves envers une diversité de visions du monde et des différents peuples en plus de leur apprendre le concept d’interrelation.

Francis First Charger

« Je me souviens où j’étais lorsque le Rapport final de la Commission Vérité et Réconciliation a finalement été publié et je me sentais particulièrement concernée en tant qu’enseignante dans une position d’aider d’autres personnes », a raconté madame Guitton. « Je ne savais pas comment y parvenir et un jour j’ai décidé de porter un t-shirt orange à l’école et d’entamer une discussion avec mes élèves sur ce que cela signifiait ».

Ira Provost

Ira Provost, responsable du Piikani Nation Consultation, a été la personne-ressource communautaire de madame Guitton tout au long du projet. Monsieur Provost, qui a occupé des postes d’agent de liaison avec les communautés autochtones et d’éducateur interculturel, s’est étonné de la profondeur et de la richesse des connaissances acquises par les élèves. Il a fait cette observation évidente lors d’un exposé que les élèves ont présenté devant des commissaires, le directeur général du conseil scolaire, le directeur de l’école Stavely, le personnel chargé de l’éducation PNMI et les ainés de la communauté dans le cadre d’un évènement communautaire organisé par la classe.

Comme monsieur Provost l’a souligné, tout ce que les peuples autochtones veulent, c’est un engagement significatif, lequel représente le point de départ pour un engagement continu qui surpasse des efforts ponctuels.

« La réconciliation représente environ mille tasses de café », a déclaré Michelle Hogue, professeure agrégée et coordinatrice du First Nations Transition Program de l’Université de Lethbridge. « Il s’agit de rester assis, d’écouter, d’être présent et de nouer des relations. »

Plus d’idées et de ressources afin de vous aider à mener des initiatives axées sur la réconciliation auprès de vos élèves

 

cet évènement a été rendu possible grâce au soutien de notre partenaire et nos commanditaires

Portrait de l’expert

André Rebeiz

André Rebeiz

Research Manager for the EdCan Network - Responsable de la recherche pour le Réseau ÉdCan

André provides critical analysis to implement a variety of research projects, knowledge tools, and promotional materials to advance evidence-informed and anecdotal good practices in Canadian K-12 pub...

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