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Bien-être

Humanisme et bien-être à l’école

En France, la question de la « souffrance au travail » se pose à partir de 1968. C’est du moins ce que soutient Dejours au cours de ses travaux réalisés sur le BTP (Bâtiment et travaux publics) en 1971. Le système éducatif est également touché par ce phénomène. Le bien-être des enseignants est mis à mal.

Selon les travaux de Helou (2009)1 portant sur les causes des difficultés des enseignants en France, il y a une montée de la critique de ces acteurs depuis 30 ans. Celle-ci « vient de l’institution scolaire, de l’administration, de la famille, des élèves. Elle traduit une montée des exigences adressées aux enseignants ». Les enseignants sont au cœur des reproches et peuvent se sentir « asphyxiés » à l’intérieur du système éducatif. Ils ont à justifier leurs choix quant à leurs pratiques pédagogiques, aux contenus qu’ils souhaitent transmettre à leurs élèves. Parallèlement à cela, « se manifeste un durcissement des conditions d’enseignement, une aggravation des conditions de travail, avec des problèmes liés à la massification », précise Helou.

La pression sociale et ces conditions d’enseignement laissent place à un mal-être des enseignants, ce qui peut engendrer un « burn-out » professionnel avec, comme conséquences, un épuisement professionnel et émotionnel, une dépersonnalisation et une déshumanisation de la relation à l’autre.

Ces informations nous interpellent et soulèvent certaines interrogations. Comment les enseignants peuvent-ils remplir correctement leur mission si leur bien-être est atteint? Le bien-être des enseignants ne peut-il pas avoir des conséquences positives sur le bien-être des élèves? Ces derniers ne seraient-ils donc pas plus à même de prendre du plaisir dans les apprentissages et ainsi progresser? Quelles conditions peuvent être mises en place pour favoriser le bien-être des enseignants?

L’idée défendue ici consiste à dire que le bien-être des enseignants semble essentiel pour favoriser un enseignement de qualité. Pour cela et afin que les enseignants se détachent du besoin de reconnaissance que souligne Helou lorsqu’il dit que « les enseignants sont en attente d’une reconnaissance de leur travail par l’institution, par les élèves, par les familles », il apparaît intéressant que ces derniers se recentrent sur l’élève, qu’ils ne perdent pas de vue leur mission première qui est de leur permettre d’évoluer. Pour ce faire, deux moyens complémentaires sont proposés. Il s’agit pour les enseignants :

  1. D’associer une posture bienveillante à un enseignement exigeant;
  2. Et conjointement à cela, veiller à avoir une attitude « juste » envers leurs élèves.
Mais qu’entend-on exactement par être bienveillant et exigeant? 
Et que signifie être juste?

La bienveillance vient du latin « bene » qui signifie « bien » et « vono » qui renvoie à la notion de volonté. Être bienveillant renverrait donc à l’idée de faire preuve de bonne volonté. Plus précisément, par le prisme d’une vision humaniste de l’enseignement, les enseignants adoptent différents regards sur leurs élèves afin de faire preuve de bienveillance :

  • Un regard « optimiste » : l’enseignant veille toujours à faire évoluer les points positifs et relativiser les points négatifs; son attitude influence l’élève et elle peut avoir un effet positif ou négatif sur l’estime qu’il a de lui-même;
  • Un regard « attentif » : il propose toujours des possibilités, des solutions à l’élève, ne le laisse jamais sans réponse, sans lui témoigner de l’intérêt. Il le soutient dans ses projets;
  • Un regard « protecteur » : il anticipe au maximum les problèmes de sécurité physique, morale et affective, en prenant en compte les limites de chaque élève;
  • Un regard « altruiste » : fondamentalement, l’enseignant a envie de bien faire en mettant tout en œuvre pour rechercher le bien-être de l’élève. Les choix qu’il fait sont dirigés envers et pour l’élève;
  • Un regard « tolérant » : la tolérance permet de mieux appréhender certains comportements, l’élève sentira qu’il peut compter sur l’enseignant. Cependant, la limite entre la tolérance et la démagogie est étroite.

Il semble nécessaire d’être « juste » en adoptant non seulement une posture de non jugement sur la personne mais une posture visant également à analyser les actions menées.

Cependant, être juste envers les élèves ne se limite pas au fait de ne pas juger la personne.

  • Au niveau collectif, un enseignant juste instaure un cadre d’évolution clair pour les élèves et les sanctionne lorsque ces derniers sortent de l’espace de liberté qui leur est accordé. La sanction est la même pour tous. Les contestations sont limitées, car il fait preuve d’égalité;
  • Au niveau individuel, l’enseignant juste tente d’adapter au mieux son enseignement grâce à une connaissance précise des caractéristiques de ses élèves. Les situations et contenus proposés seront dans la « zone proximale de développement » selon Vygotski2, c’est-à-dire que le problème posé par l’enseignant n’est ni trop facile, ni trop difficile. L’enseignant fait preuve d’exigences car le problème posé à l’élève peut être dépassé grâce à un réel investissement de l’élève qui passe par la répétition, la rigueur, la régulation.

Dans ces conditions, l’enseignant favorise son bien-être car, le cadre étant clair, il est plus facile pour lui de se justifier auprès des élèves, des parents… La pression qu’il porte sur ses épaules est moins importante.

De plus, en assurant à chacun de ses élèves la possibilité de progresser et de s’épanouir dans un climat de confiance et de sécurité physique et affective, les critiques formulées risquent d’être moins nombreuses. Les reproches qui pourraient être faits à l’enseignant n’auraient alors que peu d’écho, ce qui limite le « mal-être » de l’enseignant. La fierté qu’il peut éprouver accentuera même son bien-être.

Si l’environnement des éducateurs semble avoir un impact négatif sur leur bien-être, celui-ci peut être recherché par les éducateurs eux-mêmes. En faisant preuve de bienveillance et d’exigences envers les élèves et en étant le plus « juste » possible, il tente de mettre en exergue le meilleur de chacun de ses élèves. Cette intention éducative semble difficilement critiquable à juste titre et engendre chez les enseignants davantage de bien-être au travail. Comme le dit si bien le proverbe chinois : « C’est par le bien-faire que se crée le bien-être. »

 

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Photo : iStock

Première publication dans Éducation Canada, septembre 2017


1 Helou (2009). Compte rendu d’une réunion-débat autour des auteurs du livre « La souffrance des enseignants ». http://institut.fsu.fr/Compte-rendu-d-une-reunion-debat.html

2 Vygotski, L. S. (1985). Pensée et langage, trad. F. Sève, Éditions sociales, Paris.

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