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Design technopédagogique, Évaluation

Vous connaissez PISA?

Si vous tapez le mot « PISA » dans le moteur de recherche Google, vous découvrirez le faramineux total de 100 millions de pages. La majorité de l’information qui s’y trouve concerne la ville de Pise en Italie, célèbre pour sa tour penchée. Toutefois, une recherche portant sur « OCDE PISA » vous mènera vers un tout autre type de renseignements. En effet, bien que la popularité du PISA croisse de façon exponentielle depuis sa création en 2000, elle ne se compare pas encore à celle de son homonyme italien. Cet article propose une visite guidée du PISA de l’OCDE.

Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) est une initiative de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui vise à déterminer à quel point les jeunes qui achèvent leur scolarité obligatoire dans les pays participants sont prêts à appliquer les compétences et les connaissances acquises à l’école dans la vie quotidienne, que ce soit en poursuivant des études avancées ou sur le marché du travail. En termes concrets, il s’agit d’une évaluation des compétences en lecture, en mathématiques et en sciences des jeunes de 15 ans qui se déroulera pour la cinquième fois ce printemps dans plus de 70 pays et économies dans une quarantaine de langues.

Le but du PISA n’est pas d’évaluer les élèves individuellement mais bien d’analyser le rendement des systèmes d’éducation à travers le monde. Pour ce faire, le PISA est administré à un échantillon représentatif d’élèves et les résultats sont diffusés au niveau des systèmes éducatifs.

Le PISA au Canada

Depuis ses débuts en 2000, les provinces canadiennes participent au PISA. Puisqu’au Canada, l’éducation est la responsabilité des provinces et des territoires, le PISA publie les résultats non seulement pour le Canada dans son ensemble mais aussi pour les provinces canadiennes[1]. Au Canada, le PISA est un partenariat entre le ministère des Ressources humaines et du Développement des compétences Canada (RHDCC), Statistique Canada (responsable de la collecte des données dans les écoles) et le Conseil des ministres de l’Éducation (Canada), représentant les ministères de l’Éducation des provinces et des territoires.

Alors que la majorité des pays évaluent environ 5 000 élèves, au Canada, environ 20 000 jeunes répondent au PISA dans les deux langues officielles.

Étant donné la structure de l’éducation au Canada, il est nécessaire d’évaluer un échantillon de grande taille pour obtenir des résultats à l’échelle des provinces canadiennes. Alors que la majorité des pays évaluent environ 5 000 élèves, au Canada, environ 20 000 jeunes répondent au PISA dans les deux langues officielles. De plus, des questionnaires contextuels destinés aux élèves et aux écoles permettent de mieux comprendre le lien entre le rendement des élèves et le contexte d’apprentissage à l’école comme à la maison dans les pays participants.

Au Canada, environ 900 établissements d’enseignement sont choisis au hasard par Statistique Canada pour représenter l’ensemble des écoles dans les provinces. Dans chaque école, environ 35 élèves de 15 ans sont sélectionnés au hasard pour participer au PISA (moins dans les plus petites écoles). Il est important de mentionner que les résultats au PISA « ne comptent pas » au bulletin scolaire des élèves participants et que les résultats canadiens ne sont publiés qu’à l’échelle de la province et du pays.

De façon concrète, le PISA consiste principalement en un test de style papier-crayon[2] d’une durée d’environ 90 minutes auquel les élèves répondent à l’école. Pour permettre une couverture efficace des domaines évalués (lecture, mathématiques et sciences), le PISA choisit l’une de ces matières comme « domaine principal » à chaque évaluation pour en permettre une étude plus approfondie. Ainsi, en 2000 et 2009, la lecture représentait le domaine principal, en 2003 et 2012, c’était les mathématiques et en 2006, les sciences. Le PISA se distingue des tests traditionnels mettant l’emphase sur les connaissances en privilégiant le concept de littératie dans son évaluation. Ainsi, les questions du PISA visent à mesurer les compétences des élèves dans des situations de la vie courante à l’école, à la maison, et sur le marché du travail. Quelques exemples de questions du PISA sont présentés en annexe.

Lors de la parution des résultats initiaux du PISA 2000, une onde de choc s’est fait sentir dans le monde de l’éducation et même au-delà. En effet, à la surprise générale, la Finlande trônait au sommet du classement du PISA et le Canada était parmi les meneurs, second derrière la Finlande en lecture et aux premières loges en mathématiques et en sciences. Le scepticisme des pays participants à l’égard des résultats initiaux a fait face à une curiosité grandissante suite aux résultats subséquents de 2003, 2006 et 2009 qui ont également souligné l’émergence des pays asiatiques. Les graphiques 1, 2 et 3 présentent les plus récents résultats au PISA dans les trois matières évaluées.

Résultats au PISA 2009 : provinces canadiennes et pays et économies participants

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Les résultats canadiens au PISA sont intéressants à plusieurs égards. En effet, en plus de démontrer des moyennes globales parmi les meilleures, les résultats du Canada sont remarquables car ils suggèrent une grande équité des systèmes éducatifs de notre pays.

Les résultats canadiens au PISA sont intéressants à plusieurs égards. En effet, en plus de démontrer des moyennes globales parmi les meilleures, les résultats du Canada sont remarquables car ils suggèrent une grande équité des systèmes éducatifs de notre pays. En comparaison aux autres pays participants, on y compte une proportion relativement faible d’élèves peu performants et une faible variation entre les écoles. De plus, les élèves canadiens issus de l’immigration, et ils sont nombreux, obtiennent un rendement comparable aux élèves nés au Canada. Le niveau socio-économique des élèves du Canada est également un facteur beaucoup moins déterminant de leur rendement au PISA que dans plusieurs autres pays. Les questionnaires contextuels du PISA nous révèlent aussi que les jeunes au Canada sont en général positifs en ce qui concerne la perception de leur relation entre élèves et enseignants. Selon les observateurs internationaux, l’une des raisons du succès de nos élèves au PISA est que les programmes d’études ainsi que le personnel  enseignant ont des attentes élevées pour tous les élèves et que ceux qui ont des difficultés ne sont pas isolés mais plutôt intégrés dans les classes régulières. 

Bien entendu, selon le PISA, tout n’est pas rose au Canada. On remarque effectivement de nettes différences  entre les provinces comme le montrent les graphiques précédents. On note également au Canada que les élèves issus des milieux linguistiques minoritaires francophones obtiennent un rendement inférieur à leurs homologues issus des milieux linguistiques majoritaires. Même si nous avons une plus faible proportion d’élèves moins performants que dans la grande majorité des pays, il n’en reste pas moins qu’environ un élève sur 10 ne possède pas les compétences minimales nécessaires pour se débrouiller efficacement dans la vie de tous les jours. De plus, comme c’est le cas dans à peu près tous les pays participant au PISA, les garçons réussissent beaucoup moins bien que les filles en lecture, ce qui pose des défis dans les autres matières puisque la lecture constitue la pierre d’assise de bien des apprentissages.

L’avenir du PISA  

La prochaine administration du PISA au printemps 2012 sera intéressante à plusieurs égards. Tout d’abord, les mathématiques en seront le domaine principal, ce qui permettra une analyse des résultats au fil du temps en comparant les résultats de 2012 à ceux de 2003. Ensuite, les mathématiques et la lecture seront évaluées sous forme papier-crayon comme par le passé mais en plus, pour la première fois, à l’aide d’ordinateurs ce qui permettra d’enrichir notre compréhension des compétences des élèves à utiliser l’informatique dans leurs apprentissages. Enfin, le PISA évaluera les compétences des élèves en résolution de problèmes également à l’ordinateur. Dans le cadre du PISA 2003, les élèves du Canada s’étaient fort bien distingués en résolution de problèmes évaluée sous forme papier-crayon. Il sera intéressant de vérifier si le rendement restera le même lorsque cette compétence sera mesurée à l’ordinateur.

De plus en plus de pays et d’économies se joignent au PISA et parmi ceux-ci plusieurs régions démontrent un rendement élevé. Il en résulte qu’à rendement comparable au fil du temps, le classement des pays qui menaient auparavant, dont le Canada, recule du fait de ces nouveaux arrivants au PISA. C’est le cas notamment de pays et économies du continent asiatique.

Bien sûr, le PISA ne saurait prétendre être la meilleure mesure du rendement des élèves à l’école. L’enseignement et l’évaluation qui se déroulent au quotidien dans la salle de classe constituent la source première d’information relativement aux progrès de nos jeunes.

Bien sûr, le PISA ne saurait prétendre être la meilleure mesure du rendement des élèves à l’école. L’enseignement et l’évaluation qui se déroulent au quotidien dans la salle de classe constituent la source première d’information relativement aux progrès de nos jeunes. Toutefois, lorsque combiné aux évaluations plus formelles menées à l’échelle des provinces, pays ou autres initiatives internationales, le PISA représente une source importante d’information nous permettant de déterminer jusqu’à quel point les élèves du Canada sont prêts à relever les défis d’une économie de plus en plus globale.

Exemples de questions du PISA (ANNEXE)

Lecture

COMMENT SE BROSSER LES DENTS

Nos dents deviennent-elles de plus en plus propres si on les brosse de plus en plus longtemps et de plus en plus fort?

Des chercheurs britanniques répondent que non. Ils ont même essayé de nombreuses autres manières avant de trouver la façon idéale de se brosser les dents. Un brossage de deux minutes, sans brosser trop fort, donne le meilleur résultat. En frottant trop fort, on abîme l’émail des dents et les gencives, sans pour autant détacher les résidus de nourriture ou la plaque dentaire.

Bente Hansen, une experte en brossage de dents, conseille de tenir sa brosse à dents comme on tient un stylo. « Commencez dans un coin et brossez progressivement toute la rangée », dit-elle. « N’oubliez pas la langue! Elle peut en effet contenir un tas de bactéries qui peuvent donner mauvaise haleine. »

L’article « Se brosser les dents » ci-dessus est extrait d’un magazine norvégien.

Servez-vous de cet article pour répondre aux questions suivantes :

1. Quel est le sujet de cet article?

  • A. La meilleure façon de se brosser les dents.*
  • B. La meilleure sorte de brosse à dents à utiliser.
  • C. L’importance d’avoir de bonnes dents.
  • D. La façon dont différentes personnes se brossent les dents.

2. Que recommandent les chercheurs britanniques?

  • A. De se brosser les dents aussi souvent que possible.
  • B. De ne pas essayer de se brosser la langue.
  • C. De ne pas se brosser les dents trop fort.*
  • D. De se brosser la langue plus souvent que les dents

3. Selon Bente Hansen, pourquoi faut-il se brosser la langue?

………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………

Code 1 : Fait référence aux bactéries OU au fait d’éliminer la mauvaise haleine OU à ces deux éléments.

La réponse peut paraphraser le texte ou citer directement celui-ci. (Par exemple : Pour se débarrasser des bactéries. / La langue peut contenir des bactéries. / Pour éviter d’avoir mauvaise haleine.)

Mathématiques

Le schéma ci-dessous représente un escalier de 14 marches, qui a une hauteur totale de 252 cm.

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Sciences

CULTURES GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉES

Des groupes de protection de la nature ont demandé l’interdiction d’une nouvelle espèce de maïs génétiquement modifiée (OGM, organisme génétiquement modifié).

Ce maïs OGM est conçu pour résister à un nouvel herbicide puissant qui détruit les plants de maïs traditionnels. Ce nouvel herbicide détruira la plupart des mauvaises herbes qui poussent dans les champs de maïs.

Les protecteurs de la nature déclarent que, comme ces mauvaises herbes sont une source de nourriture pour les petits animaux, en particulier les insectes, l’utilisation de ce nouvel herbicide avec le maïs OGM nuira à l’environnement. Les partisans du maïs OGM répondent qu’une étude scientifique a démontré que cela n’arrivera pas.

Voici quelques détails de l’étude scientifique mentionnée dans l’article ci-dessus.

  • On a semé du maïs dans 200 champs à travers le pays.
  • On a divisé chaque champ en deux parties. Dans une moitié, on a cultivé du maïs génétiquement modifié (OGM) traité avec le nouvel herbicide puissant, et dans l’autre moitié on a cultivé du maïs traditionnel traité avec un herbicide traditionnel.
  • On a trouvé à peu près le même nombre d’insectes sur le maïs OGM traité avec le nouvel herbicide que sur le maïs traditionnel traité avec l’herbicide traditionnel.

On a semé du maïs dans 200 champs à travers le pays. Pourquoi les scientifiques ont-ils utilisé plus d’un site?

  • A. Afin que de nombreux agriculteurs puissent essayer le nouveau maïs OGM.
  • B. Pour voir quelle quantité de maïs OGM ils pourraient cultiver.
  • C. Pour recouvrir le plus de terrain possible avec des cultures OGM.
  • D. Pour inclure diverses conditions de culture du maïs.*

Référence : OCDE (2010). Résultats du PISA 2009 : Savoirs et savoir-faire des élèves. Performance des élèves en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences. Volume I. Paris : Auteur.

RECAP – The Programme for International Student Assessment (PISA) is an initiative led by the Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD) and designed to determine the extent to which students completing their compulsory education in participating countries are ready to apply their school-acquired knowledge and skills to daily life, whether in undertaking post-secondary studies or in entering the labour force. In concrete terms, PISA assesses the reading, mathematics, and science skills of 15-year-old students and is set to take place for the fifth time this spring in more than 70 countries and economies in 40 or more languages. PISA is not intended to evaluate students individually; rather it is designed to analyze the performance of education systems worldwide. To do so, PISA is administered to a representative sample of students, and its findings are disseminated to these education systems.


[1] Les trois territoires ne participent pas au PISA de même que les écoles sous la responsabilité du gouvernement fédéral telles les écoles situées sur les réserves autochtones.

[2] En 2012, le PISA sera administré en partie sous forme de test papier-crayon et en partie à l’ordinateur.

Apprenez-en plus sur

Pierre Brochu

Pierre Brochu est coordonnateur des évaluations au Conseil des ministres de l’Éducation (Canada). Enseignant de formation, il possède également une maîtrise en mesure et évaluation de l’université d’Ottawa ainsi qu’une maîtrise en sciences de l’université du Québec en Outaouais. Il est également, à l’heure actuelle, étudiant au doctorat en éducation à l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario. 

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