|
Apprentissage autochtone, Enseignement

Intégration des perspectives autochtones dans les programmes d’études en Colombie-Britannique

Nouvelle réalité chez les enseignants

Nous vivons un profond changement pédagogique où nous passons du mode « apprendre à propos des Autochtones » à « apprendre des Autochtones ».

Intégrer de manière explicite les perspectives autochtones dans toutes les matières : voilà le nouveau défi des enseignants en Colombie-Britannique (C.-B.) depuis l’automne 2016. Ce ne sont pas que les contenus autochtones qui doivent être enseignés, mais également leurs perspectives, c’est-à-dire les manières d’apprendre, d’appréhender et de comprendre le monde. Pour les enseignants en C.-B., nous vivons un profond changement pédagogique où nous passons du mode « apprendre à propos des Autochtones » à « apprendre des Autochtones »1. Dans ce sens, en intégrant les perspectives autochtones dans les programmes d’étude pour tous les élèves, le ministère de l’Éducation de la C-B s’inscrit dans une démarche de réconciliation où il est reconnu que « le problème autochtone » est un « problème » national qui concerne tous les Canadiens et non pas seulement les Autochtones2. Dès lors, avec les nouveaux programmes d’études, les élèves autochtones et non autochtones sont exposés aux perspectives autochtones. Ceci a pour objectif d’une part, l’amélioration de la réussite scolaire des élèves autochtones3,4 et d’autre part, la réappropriation des savoirs autochtones, dont les langues, longtemps ignorées ou jugées illégitimes par les Canadiens non autochtones5.

Des changements qui confrontent notre identité professionnelle

Nous sommes tous enseignants dans un pays qui a été construit sur des idées colonialistes ancrées dans un discours de supériorité sur les façons de faire eurocentriques (dans notre cas celles des Anglais et des Français) où ont été dévalorisés, voire même supprimés, les savoirs autochtones6. Des études à l’échelle pancanadienne ont en effet montré que les enseignants, issus principalement de , ne connaissent pas ou très peu l’histoire des Autochtones du Canada et les enjeux actuels7,8,9,10,11,12,13,14 . Par ailleurs, la majorité des enseignants ignorent également les dynamiques de pouvoir social, culturel, économique et politique associées au statut de la classe dominante15,16,17 . Étant nous-mêmes issus de la classe moyenne de la majorité blanche, nous nous trouvons confrontés à ce nouveau regard critique sur notre rôle en tant qu’enseignants dans les écoles et aussi œuvrant à la formation des enseignants. Ceci est d’autant plus complexe que faisant partie de la minorité francophone qui revendique haut et fort depuis des décennies ses droits, nous avons dû nous rendre à l’évidence que le français, bien qu’étant une langue et culture à protéger et à valoriser, a également été une langue et une culture de colonisation dans notre propre pays et ailleurs dans le monde. Les éducateurs qui enseignent le français et en français en milieu minoritaire se trouvent en quelque sorte pris dans les dynamiques complexes de colonisation au Canada.

Des pistes pédagogiques dans les programmes de français

Afin de commencer à mieux intégrer les perspectives autochtones dans les programmes de français, le document publié par le ministère de l’Éducation de la C.-B., Visions du monde et perspectives autochtones dans la salle de classe : aller de l’avant18, propose des convergences pédagogiques entre les approches autochtones et non autochtones. Il s’agit de créer des ponts interculturels en se basant, entre autres, sur la pédagogie du lieu, l’apprentissage expérientiel, la mise en valeur de l’identité, le rôle de la tradition orale, le respect et la collaboration pour n’en nommer que quelques-uns. Il reste beaucoup de travail à faire pour avoir des ressources de qualité en français qui soient adaptées aux réalités de chaque province et territoire, mais nous voyons ici un début fort intéressant.

Pour terminer, j’aimerais partager une citation du juge Sinclair et qui a eu un effet catalyseur pour moi en tant qu’enseignante et formatrice : « si l’éducation a eu un rôle fondamental dans le processus d’assimilation culturelle des peuples autochtones du Canada, c’est également par l’éducation que peut être entamé le processus de réconciliation nationale »19 (traduction libre).

 

Qu’avez-vous pensé de cet article? rejoignez la conversation @EdCanPub #EdCan!

Photo :

Première publication dans Éducation Canada, juin 2018

 

1 Dion, S. D. (2009). Braiding histories: Learning from aboriginal peoples’ experiences and perspectives. Vancouver, BC: UBC Press.

2 Commission Vérité et Réconciliation Canada. (CVR) (2015). Honorer la vérité, réconcilier pour l’avenir : Sommaire du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Ottawa : Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Disponible à http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/File/French_Exec_Summary_web_revised.pdf

3 Deer, F. (2013). Integrating Aboriginal perspectives in education: Perceptions of pre-service teachers. Canadian Journal of Education, 36 (2), pp. 175–211.

4 Witt, N. W. (2016). Not Just Adding Aboriginal Contents to a Non-Aboriginal Curriculum: Preparing Saskatchewan Teachers for the Rising Aboriginal School Population. International Journal of Learning12 (10) pp. 347–359.

5 Kanu, Y. (2011). Teachers’ Perceptions of the Integration of Aboriginal Perspectives. Dans Integrating Aboriginal Perspectives into the School Curriculum. Toronto: University of Toronto Press.

6 Commission Vérité et Réconciliation Canada, Honorer la vérité, réconcilier pour l’avenir  (Ottawa : CVR, 2015).

7 Campeau, D. (2016). Pédagogie autochtone et pédagogie du lieu : un hybride pédagogique en classe primaire. Présentation au congrès AQEFLS à Montréal le 28 avril 2016.

8 Frank Deer, Integrating Aboriginal perspectives in education. (2013)

9 Dion (2009). Braiding histories. (Vancouver : UBC Press, 2009).

10 Kanu (2011). Teachers’ Perceptions of the Integration of Aboriginal Perspectives. (Toronto : University of Toronto Press, 2011).

11 Nardozi, A., Restoule, J. P., Broad, K., Steele, N. & James, U. (2014). Deepening Knowledge to Inspire Action: Including Aboriginal Perspectives in Teaching Practice. in education19 (3).

12 Tanaka, M., Williams, L., Benoit, Y. J. 1., Duggan, R. K. 1., Moir, L., & Scarrow, J. C. 1. (2007). Transforming pedagogies: Pre-service reflections on learning and teaching in an indigenous world. Teacher Development, 11 (1), pp. 99–109.

13 Strong-Wilson, T. (2007). Moving horizons: Exploring the role of stories in decolonizing the literacy education of white teachers. International Education, 37 (1), 114–131.

14 Norbert W. Witt, Not Just Adding Aboriginal Contents to a Non-Aboriginal Curriculum (2016).

15 Frank Deer, Integrating Aboriginal perspectives in education (2013).

16 Dion (2009). Braiding histories (Vancouver: UBC Press, 2009).

17 Nardozi et al.  Deepening Knowledge to Inspire Action (2014).

18 British Columbia Ministry of Education. (2016). Visions du monde et perspectives autochtones dans la salle de classe : aller de l’avant. Victoria, BC : Crown Publications. Disponible à https://www.bced.gov.bc.ca/abed/awp_moving_forward_fr.pdf

19 Sinclair, J. (2012). Keynote—18th Annual Provincial Conference on Aboriginal Education. FNESC. Vidéo. 41 min. https://vimeo.com/54399099

Portrait de l’expert

Isabelle Cote Éducation Canada

Isabelle Côte

Lecturer

Isabelle Côté enseigne à l’université Simon Fraser dans le programme de formation des maitres. Elle se spécialise dans les cours de didactique du français et des sciences humaines pour le prog...

Découvrir

Il vous reste 5/5 articles gratuits.

Mon compte Découvrez notre réseau