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Bien-être

Comment soutenir la santé mentale de son personnel?

Pour mieux protéger leur bien-être

EdCan Mag Automne

Pour prévenir les problèmes de santé mentale et soutenir le bien-être de son personnel, il est souvent fait mention de bienveillance en éducation. Or, cette notion initialement attribuée aux élèves, s’est vite transférée à l’ensemble des éducateurs. Les raisons sont simples : la tâche des uns comme celle des autres s’est vue radicalement transformée au fil du temps.

Si les causes sont bien connues, il apparaît alors important de réfléchir sur les conditions favorables à mettre de l’avant pour que l’ensemble des adultes concernés en éducation jouent bien leur rôle d’éducateurs engagés et passionnés sans mettre à risque leur santé mentale. Ces conditions tant internes qu’externes seront développées à travers la lorgnette du mieux-être des individus dans une perspective de réussite éducative et professionnelle.

Conditions favorables internes

Pour la grande majorité du personnel éducatif, l’éducation correspond davantage à une passion qu’à un simple « job ». La qualité de sa formation initiale et les occasions de formation continue en cours d’emploi contribuent au sentiment de compétence. Mais il y a autre chose, plus intrinsèque, qui joue sur le bien-être professionnel d’un membre du personnel éducatif : sa disposition à vouloir s’actualiser, particulièrement dans un contexte de changements profonds de l’école. L’éducateur est apprenant. Une soif d’apprendre favorise le renouvellement professionnel alors que l’inverse risque de scléroser l’exercice de son métier, assujetti aux nombreuses transformations, comme bien d’autres secteurs d’activité humaine.

Des contextes dynamiques et stimulants pour le bien-être professionnel des enseignants et des directions ne sauraient se développer sans un esprit de collégialité et de collaboration. Or, un peu comme la pollinisation des fleurs au printemps, il faut savoir provoquer les moments de « contamination positive » à l’école, afin de stimuler cet environnement professionnel.

C’est toutefois la passion d’accompagner les jeunes et le sens donné à sa profession qui interpellent le plus :

« Les résultats démontrent que parmi les cinq dimensions du bien-être, celle du sens, qui se décortique en 4 aspects (la construction identitaire, leur rôle significatif auprès des élèves, leur responsabilité sociale et le développement des élèves par l’atteinte d’objectifs) est au cœur du processus de création de sens du métier. (…) [T]rois nouvelles dimensions du bien-être se rattachent au contexte précis de leur métier : la passion pour l’enseignement, l’engagement professionnel et le sentiment de compétence. » [1]

« (…) [M]algré une tâche difficile et complexe [des directions], des demandes jugées trop lourdes, des défis et responsabilités considérables, pourquoi retrouve-t-on un niveau de bien-être et d’adaptation relativement élevé? Selon l’auteur, la passion pour leur travail, le désir de faire une différence, la réalisation de soi, le sentiment du travail bien fait sont des facteurs qui contribuent à leur bien-être. » [2]

Cette disposition face à la profession est aussi liée à de saines habitudes de vie personnelle; santé physique, alimentaire, émotionnelle et choix de vie. La profession d’enseigner ou de diriger une école ne se fait pas dans un vase clos, séparé du reste de la vie sociale de l’individu, c’est tout au contraire : on enseigne essentiellement qui l’on est, pas juste ce que l’on sait.

Conditions externes et culture organisationnelle

Si les valeurs intrinsèques comptent pour beaucoup dans le sentiment de bien-être des éducateurs, il ne faudrait pas négliger les facteurs extrinsèques qui contribuent à le soutenir et même à le développer. Autrement dit, la culture organisationnelle d’une école, la forme de leadership qui y est exercé et les mécanismes de valorisation et de reconnaissance participent également au développement et au maintien de ce sentiment de bien-être pour l’ensemble du personnel.

La passion pour l’enseignement, l’engagement professionnel et le sentiment de compétence, précédemment évoqués pour les enseignants, ne trouveront leur sens que si la culture organisationnelle de l’école en permet son véritable déploiement. Pour cela, il faut réunir différentes conditions purement organisationnelles comme :

  • L’aménagement des horaires pour permettre des moments de rencontre et de partage de bonnes pratiques;
  • L’aménagement d’un salon du personnel où les échanges pédagogiques sont les bienvenus;
  • L’aménagement de temps de formation individuelle ou collective;
  • L’aménagement de CAP orientée sur les besoins réels de formation du personnel;
  • L’aménagement de moments d’autorégulation des démarches mises en place et de valorisation des expérimentations et du déploiement de bonnes pratiques pour favoriser les apprentissages des élèves.

La direction d’école qui a à cœur le bien-être de ses éducateurs sera celle qui exercera son leadership, en rappelant plus souvent qu’à son tour sa mission : la boussole de l’organisation, pour paraphraser Ewan McIntosh. Cette direction sera proactive pour créer les conditions favorables, mais aussi pour provoquer les échanges professionnels tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de son école. Cette influence positive de l’engagement des directions d’école ressort assidûment dans diverses études.

« [L]’effet du leadership de la direction se concrétise de façon indirecte au travers des variables intermédiaires, dont plus spécialement l’engagement des enseignants, les pratiques éducatives et la culture de l’école »[3]

Cet « effet direction » est illustré dans le tableau suivant de l’UNESCO [4]:

1.     Un leadership exceptionnel dans le domaine pédagogique, le soutien des enseignants, le suivi des résultats, une définition d’orientations claires.

2.     Une organisation de l’enseignement, la constitution des groupes, le soutien, la coordination des programmes et des méthodes.

3.     Un accent mis sur l’apprentissage des élèves, l’organisation du temps, la priorité donnée aux apprentissages fondamentaux.

4.     Le climat de l’établissement, la cohésion des enseignants, la concertation sur les décisions.

5.     Une approche pragmatique des problèmes.

6.     Une culture d’établissement, une vision claire de la mission, l’accent mis sur l’amélioration des résultats.

7.     Un niveau élevé d’attentes et d’exigences à l’égard des élèves et des enseignants, une stimulation intellectuelle.

8.     Un suivi rigoureux des progrès des élèves et des résultats de l’établissement.

9.     Une préoccupation de la formation et du perfectionnement professionnel des personnels.

10.  Des relations partenariales avec les parents, leur implication dans la vie de l’école.

La plupart des quelques 10 caractéristiques ou groupes de caractéristiques identifiées comme facteurs contribuant positivement à l’efficacité de l’école sont étroitement associées à l’organisation et à la politique mise en œuvre au niveau de l’établissement. UNESCO (2016)

Ce rôle de leader est toutefois très exigeant comme en témoigne Emmanuel Poirel et Frédéric Yvon[5]

« Il n’est par conséquent pas exagéré de conclure que les directions d’école au Québec sont non seulement des gestionnaires de l’immédiat, mais également des gestionnaires du compromis et de l’émotion. »

Il n’est pas toujours aisé de donner le ton à son école et de le maintenir, mais il y va du mieux-être collectif.

Conclusion

Dans une conjecture de grands changements en éducation, il est important de se demander quels sont les facteurs de réussite[6] et ses liens avec le mieux-être de ses acteurs? Comme facteur personnel, il importe de mentionner le « lâcher-prise », soit l’acceptation d’un certain déséquilibre propre aux systèmes en transformation. Il s’agit de ne pas attendre que toutes les conditions soient réunies pour vivre le changement.

Pour le professionnel de l’éducation, il y a une belle place pour l’audace et la confiance, raffermies par l’esprit de collaboration qui caractérise une culture organisationnelle réellement apprenante; les acteurs de cette organisation célèbrent les succès et accompagnent dans les défis ceux et celles qui ont à cœur la pleine réalisation de chaque élève dont ils ont la charge. 


[1] GOYETTE, N. (2014) Le bien-être dans l’enseignement: Étude des forces de caractère chez des enseignants persévérants du primaire et du secondaire dans une approche axée sur la psychologie positive. Thèse de doctorat. Université du Québec à Trois-Rivières.

[2]ST-GERMAIN, M. (2014). Comment se portent les directions et directions adjointes d’écoles en Ontario? En bonne santé psychologique mais…Synthèse d’une étude menée par Michel St-Germain le professeur émérite de l’Université d’Ottawa et ses collègues. Revue de l’ADFO (Association des directions et directions adjointes des écoles franco-ontariennes), no 18, printemps 2014.

[3] COLLERETTE, P., PELLETIER, D. et TURCOTTE, G. (2013) Recueil de pratiques des directions d’écoles secondaires favorisant la réussite des élèves. Université du Québec en Outaouais.

[4] UNESCO (2006). Les nouveaux rôles des chefs d’établissements secondaires.

[v] POIREL, E. et YVON, F. (2011) Les sources de stress, les émotions vécues et les stratégies d’ajustement des directions d’école au Québec. Revue des sciences de l’éducation. Vol. 37, no 3.

[6]https://docs.google.com/presentation/d/1BJGtex3tCPp8oNaFcVkFXj1Fsvr9GBRCZVoBpkuBb8g/present?ueb=true&slide=id.g36ee90c68_180

Portrait de l’expert

Jacques Cool

Directeur du CADRE21

Jacques Cool œuvre en éducation depuis plus de 25 ans et est présentement agent pédagogique provincial au ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance au Nouveau-Brunswick. Il maintient une veille technopédagogique active sous le pseudo Twitter @zecool et blogue depuis 2004 au http://zecool.com

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