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Le perfectionnement professionnel par les réseaux ouverts – ça me nourrit !

Mais comment intéresser et rendre actifs plus d’enseignants dans le processus de formation continue ?

Au Québec, la réalité que je vis comme enseignant, en ce qui concerne la formation continue, est teintée de plusieurs aspects dont je tenterai de faire un bref survol ici, à travers mon humble expérience vécue sur le terrain. 

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L’implication active des participants : les BarCamp.

Au Québec, la réalité que je vis comme enseignant, en ce qui concerne la formation continue, est teintée de plusieurs aspects dont je tenterai de faire un bref survol ici, à travers mon humble expérience vécue sur le terrain. 

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L’implication active des participants : les BarCamp.

Tout d’abord, il me faut le dire, je n’ai pas l’habitude de suivre souvent le mode plus « classique » de formations proposées : je me suis plutôt engagé activement comme co-formateur en partageant sur les réseaux mes humbles expériences, en tirant des réflexions qui pourront être utiles à ceux qui me lisent sur mon blogue tout autant qu’à moi-même. Comme l’a déjà dit un blogueur connu, j’écris d’abord pour moi-même (rétroaction) sachant très bien que ça peut en aider d’autres… Le meilleur perfectionnement pour moi est donc celui qui passe par les réseaux ouverts, que ce soit les réseaux sociaux (Twitter, Groupes Facebook sur l’éducation, etc.) ou tout autre mouvement de partage collectif dans lequel on peut s’impliquer activement et s’apporter mutuellement une quantité et une qualité d’apprentissages absolument étonnantes. Cela répond d’abord à mes besoins les plus importants en formation, en plus de coûter beaucoup moins cher que les formations dites classiques ou traditionnelles… Bref, ça me nourrit !

La formation traditionnelle : fonctionnement.

En ce qui concerne la formation traditionnelle des enseignants au Québec, elle fonctionne principalement de deux façons, dans l’école publique du moins, celle où je travaille.

1. Les conseillers pédagogiques (CP), à l’emploi des commissions scolaires (CS), proposent ou offrent (par discipline à laquelle ils sont rattachés) des formations aux enseignants, via une communication souvent de type hiérarchique… Par exemple, le CP propose l’offre de la formation à son supérieur dans la CS qui envoie l’offre aux directions d’école, lesquelles transmettent l’information aux enseignants. Ces formations sont offertes pendant les journées pédagogiques (Dans ma CS, nous avons quelques unes (2,5) des 20 journées pédagogiques qui sont réservées à des formations offertes par la CS). Il peut arriver que des directions d’école trouvent quand même qu’on manque de temps pour pouvoir offrir autant (!) de journées pédagogiques appelées « journées commission ». Voilà pourquoi, il y a quelques années, il y en avait un peu plus (jusqu’à 4 sur 20). 

Par contre, il arrive que les CP essaient de partir des besoins des enseignants lorsque ceux-ci prennent le soin de verbaliser leurs besoins à leur CP. Dans ma CS, une occasion formelle de présenter nos besoins nous est offerte en début d’année scolaire, mais souvent, trop d’enseignants ne prennent même pas le temps de formuler ces besoins… Nous y reviendrons.

2. En début d’année, la CS envoie à ses écoles l’offre des congrès et colloques officiels, offerts par discipline aux enseignants. (Par exemple, congrès de l’Association québécoise des professeurs de français (AQPF) pour les enseignants de français, etc.) Ces colloques et congrès coûtent souvent plusieurs centaines de dollars, juste pour l’inscription, sans compter le transport, l’hébergement et les repas pour 2 ou 3 jours, de sorte que tous les enseignants d’une discipline donnée ne peuvent assister au congrès ou au colloque chaque année. Dans les écoles plus grandes, on favorisera une alternance, alors que dans les plus petites, on alternera entre les disciplines selon l’année, etc. Bref, le budget apparaît ici insuffisant pour permettre une formation par année pour chaque enseignant, ce qui est déjà problématique en soi.

Malgré l’inconvénient majeur du coût, un des avantages de ces grandes formations, ce sont les ateliers souvent diversifiés qui peuvent permettre aux enseignants d’aller chercher quelque chose de plus spécifique, qui répond le plus possible à leur besoin immédiat, etc.

La force des réseaux : ma petite expérience.

De mon côté, j’ai découvert au fil des ans un nouveau type de formation qui répond plus à mes besoins personnels et à un coût beaucoup moindre, comme je le mentionnais plus tôt. L’ordre chronologique sera ici privilégié pour mentionner les évènements-clés.

–Vers l’éducation 2.0.

D’abord, en septembre 2007, un collègue enseignant m’a offert d’assister, un samedi, à une sorte de vidéo-barcamp, où nous étions une cinquantaine, d’un peu partout au Canada et d’ailleurs dans le monde, à discuter de l’avenir de l’éducation, plus précisément de ce que devrait être l’Éducation dite 2.0. Je suis ressorti de cette expérience enrichi de plusieurs réflexions communes que nous avions co-élaborées toute la journée. Ce fut la formation la plus stimulante dont j’avais bénéficiée jusqu’à ce moment. Et ça m’a donné le goût d’avancer encore plus et mieux, tout en réfléchissant constamment en parallèle. Cette façon de faire, surtout en ce qui concerne l’intégration des technologies qui évoluent très (trop) rapidement, est devenue pour moi un modèle de réflexion-action, de recherche-action.

–Colloque Génération C (CEFRIO). 

Par la suite, en octobre 2009, le Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO) organisait à Québec un colloque sur la nouvelle génération, dite « C », celle qui utilise les technologies constamment, celle qui Communique, Crée, Collabore presque d’instinct, disait-on. Or le prix de cette formation était énormément élevé, des prix que je qualifiais de « corporatistes ». J’en ai fait part alors sur Twitter, mentionnant que si on veut avoir des enseignants comme il était souhaité par l’organisation, les prix demandés étaient tout simplement trop élevés pour des écoles avec des moyens financiers beaucoup plus limités que dans les entreprises. On a fini par me demander si je voulais y aller gratuitement, ce que j’ai refusé. On s’est entendu sur le tarif étudiant, 30 % du prix total environ ! De ce colloque, j’ai pu retirer une réflexion toujours aussi constante à propos de l’intégration des TIC aux apprentissages, à partir de l’angle générationnel dans ce cas-ci.

–Le colloque Clair.

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À partir de 2009, celui qui est depuis devenu un ami, Roberto Gauvin, eut l’idée d’organiser, dans sa petite école de village, à Clair, Nouveau-Brunswick, une sorte d’Educon , comme plusieurs d’entre nous suivions déjà alors sur Twitter, événement qui a lieu chaque année à Philadelphie. La plupart de ceux qui lui répondirent de façon emballée se sont retrouvés à former le comité organisateur de ce qui est devenu depuis le colloque international de Clair au Nouveau-Brunswick, regroupant plusieurs canadiens francophones de diverses provinces, ainsi que quelques personnes venues d’Europe et d’autres qui suivent en instantané via Twitter et la webdiffusion. Ce colloque est devenu pour moi un incontournable dans ma formation continue, puisqu’il contribue à m’énergiser pour l’année qui suit, en plus de me donner des idées de projets en quantité plus que suffisante et de continuer à nourrir ma réflexion professionnelle ! Dans ce colloque, nous avons la chance d’échanger en personne avec tous ces gens avec qui nous échangeons à l’occasion avec des moyens numériques…

–Le dernier né, le colloque REFER.

Depuis 2014, à Québec, a lieu un autre colloque un peu du genre de celui de Clair. Je parle ici du Rendez-vous des écoles francophones en réseau (REFER), qui marie conférences, ateliers et échanges informels où chacun y trouve son compte.

La force de Twitter.

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Le fil conducteur derrière tout ça, pour ma formation continue, c’est mon réseau Twitter qui est rapidement devenu un réseau professionnel où les échanges et les discussions fusent, où la réflexion se co-construit dans ces échanges. Un réseau des plus enrichissants où la réponse au besoin est beaucoup plus rapide que via une hiérarchie qui ralentit tout, bien souvent malgré elle. Twitter est donc devenu pour moi un réseau de pratique professionnelle, un réseau de perfectionnement continu, à un coût très réduit, sauf en temps, parfois, mais encore là, on y va au besoin ! Un ami a comparé Twitter à une grande rivière à laquelle on vient puiser seulement quand on a soif. Personnellement, je dois faire partie des assoiffés 😉

Et c’est via Twitter que se font la plupart de mes découvertes professionnelles, via des liens postés, via un colloque offert. Les voies officielles sont devenues rapidement beaucoup moins attrayantes, parce que trop chères, trop lourdes sur le plan de la structure, trop inertes dans un monde en constante évolution/mutation.

Question : pourquoi une minorité seulement se sert-elle du numérique ?

Par contre, je ne peux m’empêcher de remarquer que beaucoup d’enseignants ne profitent pas autant de ces nouveaux moyens. Et je me pose plusieurs questions afin de tenter d’expliquer pourquoi. J’en viens à la conclusion que plusieurs facteurs peuvent expliquer le fait que ce soit encore une minorité qui se sert du numérique pour se perfectionner et évoluer constamment.

Le premier facteur est le temps, selon moi, ou la priorisation qu’on en fait. La tâche d’enseignement est tellement devenue plus lourde au fil des ans que le temps finit par manquer. Souvent, les enseignants et les directions d’école au Québec se retrouvent à devoir remplir de plus en plus de papiers de toutes sortes, soit pour des raisons d’encadrement d’élèves, soit pour des programmes particuliers qui l’exigent, soit pour des redditions de compte au ministère qui met en place plus de mesures qu’il ne peut en faire le suivi…, etc.

Le deuxième facteur en est un plus structurel, ou de culture d’entreprise, si je peux dire. Beaucoup d’enseignants se sont habitués à se faire offrir des trucs, auxquels ils décident de participer ou pas, selon l’intérêt ou les besoins. S’ils sont obligés d’y participer, beaucoup se plaindront de l’inutilité de la formation, etc. D’où vient cette culture ? Peut-être entre autres d’une façon de faire qui place l’enseignant professionnel dans une sorte de carcan plus proche du travailleur d’usine ou d’exécutant que du côté professionnel où l’autonomie devrait primer sur la soumission aveugle à des programmes ou à des ordres hiérarchiques. Peut-être aussi au fait que, malgré ce carcan, plusieurs ont conservé leur autonomie dans leur classe et qu’ils font fi de tout ce qui est offert, surtout officiellement, puisque quand ça vient de la structure hiérarchique, c’est forcément moins pertinent ? Mais alors que font-ils pour leur formation continue ? 

Alors devant ce constat à explications plus que partielles, car complexes et systémiques, comment intéresser et rendre actifs les enseignants dans le processus de formation continue ? C’est la question que je poserais au système actuel au Québec. En attendant, je continue d’oeuvrer là où j’estime être utile, autant pour les collègues qui y participent que pour moi-même ! 


Ce billet de blogue fait partie d’un dossier de l’ACE au sujet de la situation des programmes actuels de formation et de perfectionnement professionnel du personnel enseignant qui comprend également un numéro thématique, L’Enseignant est aussi un apprenant de la revue Éducation Canada, et une fiche Les faits en education : Quelles forme revêt le perfectionnement professionnel efficace pour les enseignants? Si vous souhaitez publier un billet de blogue dans cette série, veuillez communiquer avec info@cea-ace.ca.