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Enseignement, Opinion

Cultiver l’estime de la profession enseignante avant d’obtenir les fruits du développement professionnel

La profession enseignante : profession numéro 1 au Canada ?

La profession enseignante : profession numéro 1 au Canada ?

La profession enseignante : profession numéro 1 au Canada ?

Mon travail de chercheure, spécialisée dans le développement professionnel des enseignants, m’a apportée cette vision à l’effet que la profession enseignante devrait être placée au premier rang des professions au Canada. Un constat demeure : tout système d’éducation ne peut être plus efficace que l’efficacité de ses enseignants[1]. C’est grâce à l’éducation que les futurs citoyens de demain deviennent des humains plus avertis, mieux formés, habiles à prendre des décisions et à poser des gestes pour améliorer la société. En fait, selon le document « Le prix du savoir[2] », les personnes qui obtiennent des diplômes d’études avancées voient leur revenu augmenter, ils occupent des postes importants dans la société et, élément non négligeable, ils sont plus heureux que les personnes moins éduquées. Selon ce même rapport, les individus plus éduqués auront les bénéfices suivants :

  1. ils seront de meilleurs parents pour l’éducation de leurs enfants,
  2. ils auront une meilleure santé,
  3. ils auront un taux de criminalité moins élevé, et
  4. ils participeront davantage à la société civile.

C’est durant leur formation de base que les élèves développeront le goût d’apprendre et d’aller plus loin dans leur parcours scolaire. Or, un enseignant de l’élémentaire – et je ne parle pas ici d’un enseignant du secondaire qui peut enseigner à un nombre dix fois plus élevé –  rencontrera en moyenne, dans sa vie professionnelle active, un peu moins de 1000 élèves (en calculant sur la base d’une moyenne de 25 élèves par an et une carrière de 35 ans). Ces élèves interagiront et influenceront d’autres individus dans un tissu social complexe, formé de la famille, leurs pairs et leur communauté. Dans cette toile humaine, le rôle de l’enseignant est de tout premier ordre et il a, de ce fait, un impact très important sur le succès académique de ses élèves et le devenir de la société[3].

Plusieurs, tout comme moi, sont d’avis que la profession enseignante a grand besoin d’être valorisée au Canada et ailleurs. En Chine par exemple, selon un sondage auprès des parents d’élèves, la profession enseignante est mis au même pied d’égalité que celle de médecin[4]. En Finlande, les étudiants se bousculent aux portes des facultés d’éducation, puisqu’il s’agit d’une des professions les plus valorisées dans la société finlandaise. Le système d’éducation y est vu comme l’un des plus performants[5]. La compétition est forte chez les jeunes finlandais pour accéder à cette profession. Pourtant, dans certains pays, notamment en France, on parle de souffrance des enseignants car les critiques qui s’abattent sur les systèmes éducatifs, affligent du même coup les enseignants qui en font partie[6].

Influence de la vision de soi sur le développement professionnel chez l’enseignant

La vision qu’on entretient au sujet de soi-même et de sa profession, aura une incidence sur les efforts qui seront déployés pour se perfectionner, et ce tout au long de la carrière. Mes recherches, en particulier mon projet doctoral[7], m’ont démontrées que les enseignants qui ont une vision d’eux-mêmes comme jouant un rôle important, tant pour leurs élèves, leur école et le futur de la société, auront de hautes exigences professionnelles et s’engageront passionnément dans leur travail. En fait, la vision de soi fait partie des composantes du développement professionnel. Selon un modèle de développement professionnel adapté de celui de Fullan, Bennett et Rolheiser-Bennett[8], l’enseignant est vu comme un apprenant. Plus tard, Fullan, dans son livre « Les forces du changement », reprendra ce modèle et lui ajoutera la vision de soi. Cette vision de soi constituera l’un des principaux rouages pour que l’enseignant se perçoive et agisse comme un agent de changement dans son milieu. Cette vision que l’enseignant a de lui-même est fortement influencée par la reconnaissance de la profession enseignante dans la société, et par la vision que la société a de la profession et des enseignants (cf. Fig. 1).

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                                Fig. 1. Dis moi ce que tu vois et je te dirai qui je suis.

Malgré l’énergie et l’innovation déployées, les programmes de formation initiale et de développement professionnel resteront vains si les futurs enseignants ne sentent pas qu’ils peuvent faire une différence pour l’avenir de la société. Sans cette vision positive d’eux-mêmes comme professionnel de l’enseignement, sans cette conviction qu’ils peuvent faire une différence, une grande proportion des enseignants ne mettra pas l’effort escompté, peu importe la pertinence et l’efficacité du programme de formation ou de développement professionnel offert. Au Canada, nous avons donc besoin de cette reconnaissance sociale des enseignants et de celle de nos systèmes d’éducation provinciaux. Cette reconnaissance a, pour passage obligé, la nécessité d’assurer une meilleure gouvernance de nos systèmes éducatifs, et évidemment, de veiller à revoir à la hausse le salaire des enseignants[9].


[1] Dolton, P. et Marcenaro-Gutierrez, O. (2013). 2013 Global teacher status index. London, UK : Varkey Gems Foundation. https://varkeygemsfoundation.org/sites/default/files/documents/2013GlobalTeacherStatusIndex.pdf[2] Berger, J. (2009). Le prix du Savoir. Montréal, QC : La Fondation canadienne des bourses d’études du millénaire. Récupéré de https://qspace.library.queensu.ca/bitstream/1974/5784/1/PdSVol4_Fr.pdf
[3] ibid.
[4] Dolton, P. et Marcenaro-Gutierrez, O. (2013). 2013 Global teacher status index. London, UK : Varkey Gems Foundation.
[5] Ibid.
[6] Lantheaume, F. (2011). La souffrance des enseignants : épiphénomène ou analyseur du métier et du système. Les Collectifs du CIRP, 2, 6-18. Récupéré de http://www.cirp.uqam.ca/documents%20pdf/collectifs/3_Lantheaume.pdf
[7] Dionne, L. (2003). La collaboration entre collègues comme mode de développement professionnel chez l’enseignant : une étude de cas. Thèse de doctorat inédite. Montréal, QC : Université du Québec à Montréal. Récupéré de http://scholar.google.ca/scholar?hl=fr&q=liliane+Dionne&btnG=&lr=
[8] Fullan, M., Bennett, B. et Rolheiser-Bennett, C. (1990). Linking classroom and school improvement. Educational Leadership, 47(8), 13-19. Récupéré de http://www.ascd.org/ASCD/pdf/journals/ed_lead/el_199005_fullan.pdf
[9] Dolton, P. et Marcenaro-Gutierrez, O. (2013). 2013 Global teacher status index. London, UK : Varkey Gems Foundation.


Ce billet de blogue fait partie d’un dossier de l’ACE au sujet de la situation des programmes actuels de formation et de perfectionnement professionnel du personnel enseignant qui comprend également un numéro thématique, L’Enseignant est aussi un apprenant de la revue Éducation Canada, et une fiche Les faits en education : Quelles forme revêt le perfectionnement professionnel efficace pour les enseignants? Si vous souhaitez publier un billet de blogue dans cette série, veuillez communiquer avec info@cea-ace.ca.

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Liliane Dionne

Liliane Dionne, Ph.D., est professeure à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa. Elle mène actuellement un projet de recherche sur les pratiques exemplaires en sciences et technologie en Ontario.

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