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Communauté scolaire, Diversité, Enseignement

La diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique

Un outil pour prendre en compte les spécificités régionales

Constatant la méconnaissance de la part du personnel scolaire de la diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique qui caractérise leur milieu, les auteures présentent un outil qu’elles ont développé afin de soutenir le développement de pratiques plus inclusives et contextuellement appropriées, faisant ainsi ressortir les spécificités régionales.

La diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique

Bien que la pertinence de prendre en compte la diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique à l’école québécoise soit de plus en plus affirmée, tant sur les plans de la recherche que des politiques éducatives, un hiatus entre la région métropolitaine de Montréal et les autres contextes régionaux s’observe sur plusieurs plans. En effet, les caractéristiques géographiques, historiques et socioéconomiques des différentes régions québécoises font en sorte que ces dernières ont plus ou moins été marquées par la présence d’Autochtones, de la minorité anglophone ou encore des populations issues de l’immigration. On constate, par exemple, que les effectifs des élèves issus de l’immigration (ÉII) varient énormément entre les régions québécoises tant au niveau quantitatif qu’au niveau des catégories d’immigration. Les élèves issus de l’immigration de première génération et ceux provenant de familles réfugiées sont proportionnellement plus nombreux à fréquenter les écoles à l’extérieur de Montréal. Il s’ensuit que les défis quant à la mise en œuvre de pratiques scolaires visant à prendre en compte la diversité varient aussi entre les différentes régions du Québec, que ce soit au niveau de l’intégration linguistique, scolaire et sociale des élèves issus de l’immigration que de l’éducation interculturelle1.

C’est pour répondre à ces défis spécifiques que l’outil Des clés pour mieux comprendre la diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique en milieu scolaire : fiches régionales2 a été développé. En partant du constat de la méconnaissance de la part du personnel scolaire de la diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique qui caractérise leur milieu, cet outil vise à rendre les spécificités régionales à cet égard plus visibles afin de soutenir le développement des pratiques plus inclusives et contextuellement appropriées. L’outil regroupe des fiches représentatives de chacune des régions administratives du Québec (accessibles en ligne) composées de quatre parties :

  • La 1re partie dresse un portrait historique de la diversité de la région, depuis son passé historique et colonial jusqu’aux vagues migratoires plus récentes;
  • La 2e partie analyse la manière dont les médias locaux parlent de la diversité dans leur région;
  • La 3e partie présente quelques caractéristiques démographiques qui permettent de mieux saisir la diversité des populations s’y étant établie au fil des ans;
  • Finalement, la 4e partie propose de rendre intelligible les incidences de cette diversité en milieu scolaire par le biais d’un portrait statistique, d’un aperçu des services d’accueil et de soutien à l’apprentissage du français mis en œuvre ainsi que des initiatives porteuses en la matière, dont des projets collaboratifs entre différents acteurs de la région et des exemples de formation continue du personnel scolaire.

Si ces fiches permettent avant tout d’informer les acteurs scolaires sur la diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique qui caractérise leur milieu de travail et de vie tout en contribuant à soutenir la réussite éducative des élèves issus de groupes minorisés, elles peuvent aussi servir à intégrer et à valoriser cette diversité au sein des pratiques d’enseignement en devenant un outil pédagogique d’éducation interculturelle.

D’une part, en présentant les caractéristiques des élèves appartenant à des groupes minorisés qui fréquentent leurs écoles et les services qui leurs sont offerts (4e partie), les fiches permettent aux acteurs scolaires d’adapter leurs pratiques à ces derniers et à leurs familles, contribuant ainsi au volet d’intégration de la Politique d’intégration scolaire et d’éducation interculturelle. Les fiches peuvent rendre, par exemple, la réalité plurilingue d’un milieu visible, conviant alors le personnel enseignant à mettre en œuvre des activités qui valorisent les différentes langues présentes dans le répertoire linguistique des élèves. De la même manière, en démontrant que même dans les régions plus éloignées, les ÉII se concentrent dans certains milieux urbains ou semi-urbains, elles explicitent une réalité que le personnel constate souvent, mais qui demeure peu connue. Par les pratiques innovantes qui y sont consignées, dont les exemples de collaboration entre l’école, les familles immigrantes et les organismes communautaires, les fiches sont susceptibles d’accroître l’engagement et la coresponsabilité de tous les acteurs à l’égard des élèves issus de groupes minorisés.

D’autre part, en contextualisant cette diversité sur les plans historique et démographique, de même qu’en décrivant le traitement médiatique de cette diversité, les fiches contribuent au volet d’éducation interculturelle, par le renforcement de la présence de contenus liés à la diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique dans l’ensemble des disciplines scolaires. Par exemple, la 2e peut servir de support pédagogique pour des activités en classe, en abordant notamment les défis rencontrés par les immigrants qui s’installent dans la région en question, dont les discriminations et les préjugés dont ils peuvent être victimes, de même que leurs contributions à la vie économique, culturelle et sociale. Le portrait historique, quant à lui, contribue à démystifier l’idée que la diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique est uniquement liée à l’immigration récente en invitant les élèves à considérer de multiples expériences qui font partie de l’histoire du Québec.

Enfin, en suivant un même modèle, les fiches de 17 régions du Québec permettent de constater des spécificités régionales de même que des réalités communes. Elles permettent de soutenir les enseignants et autres acteurs scolaires en :

  • Favorisant leur compréhension des multiples visages que revêt la diversité dans leur contexte régional;
  • Contribuant à renforcer la légitimité de la prise en compte de la diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique à l’échelle de la province;
  • Favorisant la formation continue du personnel scolaire par un outil accessible et socialement pertinent.

Le personnel scolaire sera ainsi amené à non seulement mieux comprendre son propre milieu, mais aussi à se départir de ses a priori sur la présence, plus ou moins visible, de la diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique qui caractérise le Québec d’aujourd’hui.

 

Illustration : gracieusete de UQTR

Première publication dans Éducation Canada, septembre 2019


Notes

1 De Koninck, Z. et Armand, F. (2012). Entre métropole et régions, un même raisonnement peut-il soutenir un choix de modèles de services différent pour l’intégration des élèves allophones? Diversité urbaine, 12(1), 69-85.

Steinbach, M. (2015). Les défis de l’intégration sociale des jeunes immigrants à l’extérieur de la métropole québécoise.Diversité urbaine, 15 (1), 69-85.

Vatz Laaroussi, M., et Steinbach, M. (2010). Des pratiques interculturelles dans les écoles des régions du Québec : un modèle à inventer. Recherches en éducation, 9, 43-55.

2 Le projet est co-dirigé par C. Borri-Anadon et S.Hirsch, avec l’appui financier de la Direction d’intégration linguistique et d’éducation interculturelle (DILEI) du Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec.

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Corina_Borri-Anadon

Corina Borri-Anadon

Professeure, Université du Québec à Trois-Rivières

Sivane Hirsch

Sivane Hirsch

Professeure, Université

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