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Les lauréates 2021 du prix Pat-Clifford

Les lauréates 2021 du prix Pat-Clifford du Réseau ÉdCan sont Oyemolade Osibodu, Ph.D., et Amber Moore, Ph.D.

TORONTO – Le 10 novembre 2021

Depuis plus de dix ans, le prix Pat-Clifford souligne le travail de chercheurs en début de carrière, leur contribution à la recherche, les possibilités qu’ouvre celle-ci, et leur détermination à innover ou à remettre en question des hypothèses communément admises en matière de politique, de théorie ou de pratique éducatives au Canada. Deux prix Pat Clifford ont été décernés en 2021 à deux doctorantes – Oyemolade (Molade) Osibodu, Université York, et Amber Moore, Université Simon Fraser. 

Max Cooke, président et directeur général d’ÉdCan, a félicité les récipiendaires de cette année et a remercié le jury qui a travaillé fort pour sélectionner les gagnantes parmi une cohorte impressionnante et diversifiée. « Les recherches théoriques et appliquées de Molade Osibodu et d’Amber Moore ont le potentiel de révolutionner l’enseignement au primaire et au secondaire, en veillant à ce que les classes deviennent plus inclusives et plus sensibles aux grands défis des élèves. »


Comment les enseignantes et enseignants peuvent-ils offrir l’expérience la plus équitable d’apprentissage des mathématiques?

Molade Osibodu explore des façons de rendre l’enseignement des mathématiques au primaire et au secondaire plus inclusif envers les communautés racisées et de stimuler des discussions importantes sur la justice sociale.

Oyemolade (Molade) Osibodu, Ph. D., est professeure adjointe à la faculté de l’éducation de l’Université York à Toronto. Titulaire d’un doctorat de l’Université d’État du Michigan, elle mène des recherches qui se situent à la croisée des mathématiques et de la justice sociale. Plus précisément, Mme Osibodu examine des approches équitables visant à : veiller à ce que les étudiants noirs se sentent écoutés et valorisés dans leur apprentissage; explorer les façons d’utiliser les cours de mathématiques pour amorcer le dialogue sur des enjeux locaux et internationaux liés à la justice ou à l’injustice sociale; dans le contexte où le Canada demeure une terre d’accueil pour de nombreux immigrants et réfugiés africains, explorer l’apprentissage des mathématiques chez ces immigrants et réfugiés, qui doivent aussi composer avec la racialisation (souvent pour la première fois).

Dans une entrevue accordée à ÉdCan, Mme Osibodu a affirmé qu’il y a eu, jusqu’à présent, très peu de recherches au Canada sur les expériences des élèves des classes de mathématiques qui proviennent de communautés racisées, en particulier les élèves noirs. Ses travaux tentent de combler cette lacune et d’identifier des moyens d’améliorer l’apprentissage de ces élèves, dont les besoins et les expériences sont trop souvent négligés.

« L’un des exercices que j’effectue avec les étudiantes et étudiants en enseignement des cycles intermédiaire et supérieur consiste à rechercher le terme « mathématicien » à l’aide d’un moteur de recherche. Même si les résultats de la recherche ont commencé à changer depuis peu, on obtient généralement l’image d’un vieux monsieur de race blanche », indique Mme Osibodu.

Ses travaux portent sur le 4e objectif de développement durable des Nations Unies – une éducation inclusive, équitable et de qualité – et sur un objectif du ministère de l’Éducation de l’Ontario, qui consiste à adopter « des politiques et des pratiques permettant de remédier à l’écart de rendement et aux obstacles auxquels font face les élèves appartenant à des groupes historiquement marginalisés, comme les élèves noirs (…) »

Parmi ses intérêts de recherche, citons l’enseignement et l’apprentissage des mathématiques au service de la justice sociale, un concept souvent désigné par l’acronyme anglais TLMSJ (Teaching and Learning of Mathematics for Social Justice). Comme l’a écrit Eric Gutstein, l’approche de TLMSJ doit viser trois objectifs : « aider les élèves à développer leur conscience sociopolitique, le sentiment de pouvoir agir et des identités positives et culturelles. » (traduction libre)

La recherche sur l’enseignement des mathématiques s’est toujours concentrée sur les aspects cognitifs et psychosociaux, négligeant par le fait même les enjeux sociaux, culturels et politiques. Mme Osibodu trouve des façons d’interagir plus globalement avec les élèves. Au cours de l’année scolaire 2020-2021, par exemple, elle a appuyé une recherche participative menée par de jeunes noirs dans le cadre d’un partenariat entre l’Université York et le Centre of Excellence for Black Student Achievement (centre d’excellence pour la réussite des élèves noirs) du Toronto District School Board (conseil scolaire du district de Toronto). Dans ce type de recherche, des membres de la communauté participent aux décisions sur le déroulement du projet, ce qui entraîne généralement des résultats plus positifs pour la communauté.

Mme Osibodu a aidé des élèves noirs à formuler des questions de recherche afin de trouver des moyens d’améliorer leurs expériences d’apprentissage. Ils ont ensuite posé diverses questions aux membres de leur milieu scolaire, notamment : « Est-ce qu’on passe systématiquement sous silence l’histoire des Noirs au Canada dans le programme scolaire? » Au final, les élèves ont recommandé des mesures concrètes – par exemple, insister sur les contributions des Noirs à la société dans les cours de sciences.

« Nous devons en faire beaucoup plus pour soutenir les élèves noirs ou autochtones », reprend Mme Osibodu. Elle entrevoit plusieurs possibilités, dont la décision du ministère de l’Éducation ontarien d’intégrer la littératie financière dans le curriculum provincial du secondaire. Elle croit que ce genre d’initiative pourrait inciter les enseignantes et enseignants à aborder l’accès inéquitable aux ressources financières, la discrimination causée par les taux d’intérêt injustes payés par les communautés racisées ou à faible revenu et les pratiques de prêt abusives. Selon Mme Osibodu, on pourrait même se servir des cours de mathématiques pour amener les élèves à se questionner sur la prétendue « neutralité » des algorithmes. Elle souligne d’ailleurs que le documentaire de Netflix intitulé Coded Bias : Algorithme et discrimination a fait la lumière sur ce problème répandu.

« Les cours de mathématiques peuvent nous donner l’occasion d’essayer de nouvelles choses, poursuit Mme Osibodu. Et si nous arrivons à la mauvaise réponse, nous pouvons décortiquer le processus qui a abouti à ce résultat. Les erreurs sont des occasions d’apprendre. Les cours ne devraient pas enseigner à emprunter l’unique bonne voie pour arriver à la bonne réponse, mais plutôt offrir plusieurs pistes, y compris les façons d’aborder des questions similaires dans différentes cultures. »


Comment les enseignantes et enseignants du primaire et du secondaire peuvent-ils aider les élèves à comprendre les traumatismes?

Dans le cadre de ses recherches, Amber Moore utilise la théorie et la pratique pour aider les élèves et le personnel enseignant à se servir de la documentation dans le but d’aborder la délicate question des expériences traumatisantes.

Amber Moore, Ph. D., est boursière postdoctorale à la faculté de l’éducation de l’Université Simon Fraser à Vancouver; son poste est financé par le Programme de bourses postdoctorales Banting. Pendant ses études de doctorat à l’Université de la Colombie-Britannique, elle a travaillé auprès d’étudiantes et d’étudiants en enseignement inscrits au cours obligatoire de littératie afin d’identifier les façons dont les cours de littérature peuvent accroître la résistance à la culture du viol. 

« Tout mon cheminement de carrière est axé sur cet enjeu, indique-t-elle. Pendant mes études de premier cycle, je faisais du bénévolat pour un service d’écoute téléphonique en cas de crise. Cette expérience a transformé ma vie. »

Dans ses temps libres, Mme Moore écrit de la poésie et des ouvrages documentaires. Ayant étudié les concepts de genre et de sexe durant ses études de maîtrise, elle était particulièrement attirée par les récits portant sur des traumatismes. (Pour ne prendre qu’un exemple, l’autrice Michelle Balaev a défini le terme « trauma novel » (roman de trauma) comme « une œuvre de fiction qui véhicule une perte profonde ou une peur intense à l’échelle individuelle ou collective » (traduction libre). Comme le fait remarquer Mme Moore, la littérature sur les traumatismes peut prendre diverses formes (p. ex., bandes dessinées romanesques et romans pour jeunes adultes) et en est venue, au fil des ans, à inclure les voix de groupes traditionnellement marginalisés.

Lorsqu’elle a obtenu un poste d’enseignante au secondaire à Airdrie (Alberta), son expérience au service d’écoute téléphonique s’est avérée précieuse pour aborder, en classe, des enjeux comme les traumatismes et la violence. La directrice de son école était d’avis que sa perspective et son expérience aideraient à mobiliser les élèves et à favoriser une communauté scolaire plus sécuritaire. Pendant de nombreuses années, Mme Moore a fait lire à ses élèves le roman Vous parler de ça de Laurie Halse Anderson, qui raconte le cheminement d’une jeune élève du secondaire victime de viol. En plus de susciter des conversations approfondies avec les élèves, cette expérience a motivé Mme Moore à quitter l’enseignement pour explorer le potentiel pédagogique des récits d’agression sexuelle dans le cadre de ses études de doctorat. 

« Quand j’ai conçu mon projet de recherche pour le doctorat, je repensais souvent à mes années d’enseignement. Je m’imaginais les élèves qui feraient partie des classes des étudiantes et étudiants en enseignement. Les élèves ont tendance à confier leurs récits aux professeurs d’anglais, car ils valorisent la narration. Comme l’a précisé l’autrice Aubrey Hirsch : « Si vous enseignez la littérature, vous verrez sûrement passer un récit de viol. » (traduction libre)

Selon Mme Moore, le personnel enseignant et les étudiants en enseignement doivent donc être prêts à vivre des moments déstabilisants et savoir comment aborder les questions d’agression sexuelle et comment réagir avec sensibilité aux situations vécues par les élèves.

« Lorsque j’enseignais au secondaire, j’ai écrit un article pour le magazine Éducation Canada publié par ÉdCan. Il s’agissait de l’une de mes premières publications qui traitait d’un moment qui a transformé ma perception de l’enseignement. Grâce à ce prix, j’ai l’impression que la boucle est bouclée.


À propos du prix Pat-Clifford

Pat Clifford a été l’une des cofondatrices du réseau Galileo Educational Network, sis à Calgary (Alberta). Lauréate de nombreux prix associés à la recherche ou à la pédagogie, Mme Clifford possédait une vaste expérience en enseignement, depuis l’école primaire jusqu’au deuxième cycle universitaire. Pat Clifford est décédée en août 2008, mais elle nous a légué en héritage ses enseignements ainsi que des articles universitaires, poèmes et anecdotes. En tant qu’enseignante, elle croyait fermement au droit de chaque enfant de réussir brillamment, et elle leur transmettait sa passion de la littérature, de l’écriture et de l’histoire. Ce prix rend hommage à ses réalisations.

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