Les agent.e.s de développement scolaire et communautaire (ADSC) du Conseil scolaire acadien provincial
Conseils pour naviguer entre l’école et la communauté en contexte francophone minoritaire
L’ADSC est quelqu’un qui, dans les écoles, fait le pont entre la communauté, l’école, les élèves et les parents, pour faire vivre de la culture francophone dans les écoles et hors de l’école aussi.
Alex
J’aime souvent dire que mon mandat consiste à faire le lien entre l’école et la communauté. Autrement dit, dans mon travail, je fais des activités qui sortent l’école dans la communauté, ainsi que des activités qui font entrer la communauté dans l’école.
Camélia
Dans le cadre d’un projet de recherche [1], nous nous sommes intéressées aux pratiques d’agent.e.s de développement scolaire et communautaire (ADSC) du Conseil scolaire acadien provincial (CSAP) de la Nouvelle-Écosse. Dans ce contexte francophone minoritaire, leur rôle est de valoriser la langue française et la culture acadienne et francophone dans toute sa diversité afin d’élargir les espaces francophones et de contribuer à la vitalité et à la pérennité des communautés acadiennes et francophones de la Nouvelle-Écosse. Afin d’y arriver, les ADSC développent des partenariats avec la communauté et font rayonner à la fois les élèves, les écoles et la communauté, tout en soutenant la construction identitaire des élèves (CSAP, 2024). Leur mandat comprend quatre volets : l’animation culturelle, la participation citoyenne dans la communauté scolaire, les partenariats et la liaison école-communauté ainsi que le rayonnement et la valorisation de l’éducation en français (CSAP, 2024). Dans un contexte marqué par des défis à l’éducation acadienne et francophone, où l’objectif d’offrir « une expérience éducative véritablement comparable à celle de la majorité anglophone » n’est pas toujours facilement atteignable (CSAP, 2025, p.11), le rôle des ADSC est primordial.
Dans ce projet, nous avons donné une voix aux ADSC pour connaître leur perception de leur rôle et leurs manières de l’exercer, au-delà de ce qui est prescrit. Pour ce faire, nous avons recueilli des récits de pratique (Desgagné, 2005). Cette mise en lumière nous semble pertinente et nécessaire. Les ADSC volontaires ont donc eu à choisir et à raconter une situation vécue dans le cadre de leur travail. Cette situation devait les sortir de leur routine et leur permettre d’illustrer leur rôle, de leur point de vue. Au terme de leur histoire, les ADSC ont aussi été invité.e.s à formuler un conseil à l’intention de personnes qui vivraient une situation semblable dans l’exercice de leur travail ou qui commenceraient dans un rôle d’ADSC [2]. Les résultats portant sur leur perception du rôle, des défis rencontrés ainsi que des leviers identifiés sont présentés et discutés dans un autre article (Audet et al., soumis). Pour le présent article, nous avons colligé puis analysé les conseils donnés par les ADSC dans leurs récits de pratique, nous permettant de faire une petite incursion dans leur travail au quotidien.
Quatre catégories ont émergé de notre analyse, que nous illustrons en nous appuyant sur des extraits issus de leurs récits. Pour faciliter la compréhension, nous avons choisi un récit de pratique qui illustre particulièrement bien chacune de ces catégories. Nous en présentons d’abord un résumé puis exposons par la suite un aperçu des autres conseils qui s’inscrivent dans cette catégorie.
Des conseils relatifs au développement de liens avec les élèves
Le récit de pratique de Camélia est particulièrement parlant pour nous permettre d’introduire les conseils relatifs au développement de liens avec les élèves. En effet, dans son récit, elle raconte qu’après avoir mis sur pied un comité d’élèves responsables du choix et de l’organisation d’activités qui ont lieu à l’école, elle s’est vue devant le défi de soutenir un élève qui s’était inscrit pour faire des annonces du matin au microphone de l’école. Toutefois, il éprouvait de la difficulté à lire le français, information qu’elle ne détenait pas lorsqu’elle a accepté qu’il le fasse. « Qu’est-ce que je devais faire à ce moment-là? Il fallait que je trouve des stratégies pour le décaler tout en le rassurant qu’il allait faire les annonces ». Elle a proposé de pratiquer avec lui, tout en faisant « des choses pour l’amener à sourire, à rire (…). Il a fini par les faire [les annonces] et il était content. »
D’autres ADSC proposent dans le même sens de laisser le leadership aux élèves, notamment en les accompagnant dans leurs propres démarches et projets. Cela peut débuter par « prendre le temps de parler avec les jeunes et de les connaître comme il faut », comme le conseille Andréa, ajoutant que « les jeunes doivent te parler parce que sinon tu n’aboutiras jamais ». Dans cette même veine, la posture adoptée par l’ADSC dans cette construction des liens avec les élèves prend aussi son importance. En effet, d’avoir une posture rassurante, comme l’évoque Camélia, pourrait faire en sorte que les élèves se sentent à l’aise et aient la motivation de proposer et de s’engager dans des activités. Pour cela, précise-t-elle, il faut « faire confiance aux élèves ».
Des conseils relatifs au développement de liens avec la communauté
Le récit de pratique d’Enzo permet d’identifier les contours des conseils des ADSC ayant trait au développement de liens avec la communauté, donc en dehors du cadre scolaire. Enzo raconte qu’il y a de nombreuses écoles en Nouvelle-Écosse qui sont situées dans des communautés de pêcheurs et que beaucoup d’élèves et leurs familles sont passionnés par la pêche. C’est pourquoi il a eu l’idée de développer une « compétition inter-écoles de petits bateaux en radio commandée ». Même si les élèves étaient « vraiment très motivés à prendre part à l’activité », Enzo a fait face à des difficultés. Il a démarré le projet seul, puis s’est ensuite tourné vers un organisme à but non lucratif qui soutient des activités d’apprentissage à visée pratique et expérimental, puis a trouvé d’autres partenaires locaux prêts à s’investir. Il a également sollicité la collaboration des ADSC d’autres écoles : « Je leur ai transmis l’invitation à faire circuler dans des écoles ou à transmettre à quelqu’un qu’ils connaissent, un enseignant de sciences, un parent d’élève qui est constructeur de bateau, n’importe qui de la communauté qui pouvait s’y intéresser ». Au moment où il nous livre le récit, la compétition n’avait pas encore eu lieu. Son conseil est d’aller à la rencontre des gens, de ne pas « hésiter à leur parler, à se rendre vraiment visible et à rencontrer les gens en direct pour pouvoir échanger et discuter ».
Dans d’autres récits, on conseille à des ADSC novices (et pourquoi pas à ceux et celles ayant plus d’expérience) de ne pas hésiter, pour reprendre les mots d’Arcade, à « plonger dans la communauté ». On souligne aussi l’importance de travailler de pair avec différents partenaires, comme des centres communautaires, des entreprises locales, des centres artistiques ou des musées et ce, même si on rencontre des défis. Pour Andréa, « travailler en équipe avec notre communauté, c’est la clé du succès. » Pour ce faire, il devient nécessaire de trouver des points communs et, précise-t-on, d’adopter une posture de collaboration pour composer avec différentes personnalités et diverses visions, mais aussi différentes réalités. C’est pourquoi on insiste également sur la nécessaire convergence des efforts et des expertises pour développer ces liens avec la communauté.
Des conseils relatifs au développement et à la mise en place d’activités, de projets ou d’événements
La situation racontée par Alex, ainsi que d’autres idées apportées par quelques ADSC mènent à des conseils renvoyant au développement et à la mise en place d’activités, de projets ou d’événements. Dans son récit de pratique, Alex partage comment elle s’est prise pour organiser une kermesse hivernale, proposée par la direction de l’école. L’idée était que « chaque classe produise quelque chose et qu’on vende ces produits pendant une petite kermesse avec les parents, une journée de fin de semaine ». Ainsi, elle a communiqué avec les personnes enseignantes et est allée dans les 25 classes de l’école, pour leur proposer quelques idées. Toutefois « certaines classes et certains enseignants ont proposé leurs propres idées qu’ils voulaient vraiment réaliser ». D’autres tâches se sont ainsi ajoutées, puisqu’il fallait désormais prévoir de la nourriture, des jeux gonflables, d’autres activités, ce qui a causé ce qu’Alex décrit comme une « surcharge de travail ». Avec la direction, elles ont cherché des bénévoles, que ce soient des personnes enseignantes, des parents. Malgré les difficultés rencontrées, notamment la charge de travail, le nombre de personnes impliquées et le budget prévu, elle dresse un bilan positif de cette activité. Quand elle voit des photos de l’événement où les élèves font « des gros sourires », et elle se dit : « C’est pour ça, c’est vrai, que j’aime ma job! ».
D’autres ADSC proposent dans cette catégorie de conseils de se prendre d’avance, de fixer des dates butoirs, de prévoir les étapes, afin d’assurer le suivi. Pour Alex, par exemple, « en fixant ces dates-là, trois ou quatre mois en avance, tu peux les suivre, puis quand la date limite approche, tu sais qu’il faut faire ce travail-là ». Cette dernière conseille également de s’entourer, voire de déléguer par moments, de « trouver des bénévoles » et de s’assurer « qu’ils savent à quoi s’attendre ».
Des conseils relatifs à l’exercice du rôle d’ADSC
Afin d’illustrer des conseils liés à l’exercice du rôle d’ADCS, nous nous appuyons sur la situation racontée par Dylan dans son récit de pratique, à qui la direction de l’école où il travaillait a proposé qu’il organise des ateliers de danse destinés aux élèves, considérant ses expériences antérieures. Or, ce qu’il n’avait pas anticipé c’étaient des défis liés, entre autres, à des comportements des élèves. Au début, explique-t-il, « les jeunes ne voulaient pas » et peu de temps après, la pandémie de Covid-19 éclate. Dylan a tout de même persévéré. Il voulait faire découvrir la musique francophone aux jeunes, qui ne lui semblaient pas intéressés. Lorsqu’il leur demande quels artistes ils écoutent, les élèves parlent de rappeurs anglophones. Face à ces réponses, Dylan essaie « de trouver de la musique francophone rap pour trouver quelque chose qu’ils allaient aimer » et il parvient à les intéresser au point que ces mêmes jeunes participent maintenant à des évènements en présentant des numéros de danse. Avant, avance Dylan, « c’étaient juste des jeunes qui dansaient au hasard (…) mais avec de la musique en anglais. Alors que maintenant, ils ont la chance de mélanger leur passion, la danse, avec de la musique en français ». En lien avec cette situation qu’il raconte, il propose de faire preuve de créativité et, il conseille de persister dans la mission de faire découvrir et rayonner la francophonie. Pour lui, « whatever qui existe en anglais, ça existe en français aussi, venant de l’Acadie ou de n’importe quel autre coin de la francophonie ».
Un autre conseil, celui de Luna s’inscrit aussi dans cette catégorie. Pour elle, en tant qu’ADSC, il est important de se respecter dans son travail, de reconnaître ses forces, tout en respectant « ses façons de travailler ». Dans le rôle d’ADSC face à la diversité des situations que ces professionnel.le.s peuvent rencontrer, ce qu’il faut « protéger », selon Luna, « ce sont les couleurs qu’on peut donner, nous, à notre travail ».
Reconnaissant la complexité et les défis qui entourent le travail des ADSC, soulignons que ces conseils ne se veulent pas prescriptifs. Puisqu’ils sont issus de l’expérience de chacun et de chacune, il n’y a pas de bonne ni de mauvaise réponse. « Tous les agents sont différents », rappelle Luna. Ces conseils sont comme une invitation à apprendre de l’expérience des autres, à développer de nouvelles pratiques ou à revisiter celles qui sont déjà en place en contexte francophone minoritaire, tout en y ajoutant sa touche personnelle. Ils peuvent ainsi devenir autant de « propositions d’itinéraires » permettant de faciliter ou, au moins, de soutenir la valorisation de la langue française et la culture acadienne francophone dans toute sa diversité. Ils peuvent également agir comme des phares, qui peuvent guider la navigation entre l’école et la communauté et ce, tant pour les ADSC que pour les enseignant.e.s et les directions.
Références
Conseil scolaire acadien provincial (2024). Guide du développement scolaire et communautaire. Document inédit.
Conseil scolaire acadien provincial (2025). L’essor de la francophonie en Nouvelle-Écosse : entre fierté, progrès et défis. https://csap.ca/nouvelles/item/communique-3
Desgagné, S. (2005). Récits exemplaires de pratique enseignante : analyse typologique. Presses de l’Université du Québec.
[1] Il s’agit du projet de recherche Pratiques d’agent.e.s de développement scolaire et communautaire du Conseil scolaire acadien provincial : soutenir la diversité de la francophonie acadienne, la réussite éducative et la participation de tous (Audet et Charette, 2024-2026). Nous remercions le Programme d’appui à la francophonie canadienne du Secrétariat québécois aux relations canadiennes, maintenant la Direction de la francophonie canadienne du ministère de la Langue française, pour le soutien financier.
[2] Le recueil de récits de pratique issu de ce projet est disponible ici : Les pratiques d’agent.e.s de développement communautaire et scolaire au Conseil scolaire acadien provincial (Nouvelle-Écosse). Recueil de récits de pratique, 2025 – Récits de pratique en contexte de diversité