Young children and teacher engaging in an outdoor art activity

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Au-delà de la récréation : pourquoi l’éducation en plein air est essentielle

C’est le matin du 21 novembre et les enfants sont éparpillés dans la cour d’école, la forêt urbaine voisine et le parc. C’est l’une des journées les plus excitantes de l’année scolaire. Les enfants courent, sourient, lisent, mesurent, pelletent, construisent, dessinent, grimpent, observent, se détendent — dehors. C’est la Journée mondiale de l’apprentissage en plein air.

Partout au pays, de nombreux élèves font face aux mêmes défis : le stress, le désengagement et le temps passé devant les écrans sont tous à la hausse (Toigo et al., 2025). Certains enfants montrent des signes de « trouble du déficit de nature » (Louv, 2019), révélant les conséquences d’un temps extérieur réduit. Ces enjeux ont chacun un impact profond sur le bien être et l’apprentissage des élèves. Ces dernières années, la classe extérieure a gagné en popularité partout au pays. L’intérêt croissant envers l’éducation en plein air, le jeu risqué et l’apprentissage par le jeu a été au cœur de la réponse à ces défis. En fait, lorsque les élèves ont la possibilité d’apprendre, de jouer et de prendre des risques dehors, leur bien être et leurs apprentissages en sont directement et positivement influencés (Beaulieu & Beno, 2024).

Les bienfaits de l’apprentissage en plein air sur le bien-être et l’apprentissage des élèves

L’apprentissage en plein air crée des conditions optimales pour le bien‑être des élèves. Les occasions d’explorer et d’apprendre dehors augmentent leur activité physique, leur énergie et leurs habiletés motrices, et renforcent même leur système immunitaire (Beaulieu & Beno, 2024). L’éducation en plein air réduit aussi le stress et l’anxiété, aidant les élèves à réguler leur système nerveux et à développer leur confiance, leurs habiletés de résolution de problèmes, leur résilience et leur autonomie (Beaulieu & Beno, 2024). Il existe une joie particulière que les enfants ressentent à l’extérieur — une joie impossible à reproduire à l’intérieur.

De plus, l’apprentissage en plein air favorise l’apprentissage de manière significative. Il soutient un vaste éventail d’habiletés importantes : autodiscipline, persévérance, pensée critique, communication, attention, résolution de problèmes, créativité, curiosité et fonctions exécutives, entre autres (Duval et al., 2020). Il offre un espace d’apprentissage plus calme et sécuritaire, créant un environnement plus cohérent, inclusif et flexible (Berrigan & Turcotte, 2021). Grâce aux nombreuses occasions d’apprentissage expérientiel et concret, certains élèves retiennent plus facilement la matière, ce qui peut se traduire par de meilleurs résultats en lecture, en écriture et en mathématiques (Ahehehinnou & Couzon, 2019). Ce type d’apprentissage permet d’ancrer les contenus de manière authentique dans des expériences réelles et significatives.

Le rôle des personnes enseignantes

En tant que personnes éducatrices, nous jouons un rôle essentiel en offrant à nos élèves des occasions qui mettent au premier plan leur bien‑être et leur apprentissage en plein air. Mobiliser l’ensemble du personnel dans une école peut toutefois représenter un défi : certaines personnes enseignantes peuvent ressentir de la résistance liée, par exemple, à la peur des blessures, aux contraintes imposées par les politiques des centres de services ou des conseils scolaires, au niveau de supervision requis, ou encore aux autorisations et préoccupations des familles. Cependant, le fait d’impliquer les familles et les autorités scolaires dans la conversation pour aborder ces résistances peut contribuer à renforcer la capacité d’agir du personnel et à favoriser le passage de l’apprentissage vers l’extérieur. Certaines stratégies peuvent aider les personnes éducatrices à se sentir mieux préparées, notamment : reformuler le langage entourant le risque et le jeu en plein air, offrir un environnement extérieur sécuritaire et bienveillant, observer attentivement les enfants, avoir des échanges ouverts avec les familles, et documenter les retombées de l’apprentissage en plein air.

Pour les personnes enseignantes œuvrant à la maternelle ou au premier cycle du primaire, il est pertinent de mettre de l’avant le développement d’un lien affectif et d’une appréciation sincère du monde naturel : inviter les élèves à observer la nature, à l’imiter, à la dessiner, à l’imaginer dans leurs histoires et jouer dehors, tout simplement (Centre de services scolaire de Montréal, 2020). Au deuxième cycle du primaire, les personnes enseignantes ont l’occasion de placer la compréhension de la nature au centre de leur travail — les habitats, l’alimentation et la flore et la faune, par exemple. Enfin, au troisième cycle du primaire, elles peuvent encourager les élèves à s’engager dans leur communauté et à contribuer à la protection de la nature (Centre de services scolaire de Montréal, 2020).

De la théorie à la pratique : activités pour commencer

Il existe un nombre infini d’activités extérieures qui soutiennent le bien‑être et l’apprentissage des élèves. Voici quelques‑unes de mes préférées, adaptables à tous les niveaux scolaires.

Marches sensorielles : En classe, partez faire une marche dans le quartier (ou autour de la cour d’école) pour aider les élèves à explorer leurs sens en plein air. Après la marche, trouvez un endroit sécuritaire pour organiser un cercle d’écoute, où les élèves s’assoient en cercle afin de partager leurs expériences sensorielles et d’écouter leurs pairs. Cette activité extérieure aide à réguler le système nerveux et offre une pause active grâce à un apprentissage authentique et expérientiel.

Yoga extérieur : Cette activité de classe se prête particulièrement bien au plein air : la posture de l’arbre, de la montagne, du chien tête en bas ou encore du papillon, par exemple, imitent le monde naturel. Apportez cette pratique attentive dehors pour vivre une nouvelle expérience. Le yoga en plein air est une excellente façon d’aider les élèves à se connecter à la nature tout en réduisant le stress et en favorisant la régulation émotionnelle. Il stimule aussi la curiosité, la créativité (Bollimbala et al., 2020) et la concentration, soutenant ainsi l’apprentissage en classe.

Land art : Le land art est une façon pour la nature d’offrir les ressources et l’espace nécessaires pour créer des œuvres à l’extérieur. En utilisant des éléments naturels trouvés dans leur environnement, les élèves peuvent laisser libre cours à leur créativité pour réaliser des œuvres éphémères en plein air. Le land art encourage la présence attentive et l’expression de soi, et développe la créativité des élèves, leurs habiletés d’observation ainsi que leur pensée critique (Walshe et al., 2020).

Chasse au trésor : Partez à la recherche de petits trésors naturels dans votre environnement en recueillant autant de couleurs et de textures différentes que possible. C’est une excellente occasion d’engager une conversation avec les élèves sur le fait que la nature, tout comme un trésor, a de la valeur et doit être remise à sa place. Cette activité encourage le mouvement sain, l’exploration, la curiosité et l’enrichissement du vocabulaire.

Lecture dehors : Prenez simplement le temps de permettre aux enfants d’écouter des histoires et de lire des histoires à l’extérieur. Le calme et le confort du plein air favorisent une association positive avec la lecture, soutenant le développement de la littératie, la compréhension en lecture et des discussions riches. De nombreux livres de grande qualité peuvent servir de tremplin à une activité d’apprentissage en plein air. Voici quelques-uns de mes albums jeunesse préférés à utiliser dans ma classe d’immersion française : Je suis un arbre de Sylvaine Jaoui; Tout un monde sous la neige de Kate Messner; Petit nuage d’Eric Carle; Un grand jour de rien de Beatrice Alemagna; Où est l’éléphant? de Barroux; La feuille d’or de Kirsten Hall; Le grand ménage d’Emily Gravett; Le jardin invisible de Marianne Ferrer; et L’abeille à miel de Kirsten Hall.

Jeu libre extérieur : Le véritable apprentissage en profondeur ne nécessite ni fiches d’exercices ni tests. Une grande partie de l’apprentissage se produit lorsque nous laissons les enfants guider leur jeu — peu importe leur âge. Le jeu libre et l’exploration en plein air encouragent la créativité, la résolution de problèmes, l’imagination et le développement du langage (UNICEF, 2025). Les grands espaces ouverts encouragent aussi les enfants à être physiquement actifs et à expérimenter avec le mouvement.

Construire et créer : Le plein air offre la possibilité de construire et de créer d’une manière différente de ce que les enfants peuvent faire en classe. Dehors, ils peuvent utiliser des éléments naturels comme pièces libres pour réaliser des constructions à grande échelle (Trina & Monsur, 2025). Cette activité favorise non seulement la motivation, l’imagination et la collaboration, mais elle soutient également des apprentissages authentiques en STIM.

Jeu risqué. Les enfants sont naturellement portés à prendre des risques. Leur offrir du temps et de l’espace pour explorer des risques raisonnables dans leur jeu — grimper sur de grandes structures, courir, marcher en équilibre sur des billots, construire des structures instables ou jouer avec des bâtons — est essentiel à leur développement global (Beaulieu & Beno, 2024). En fait, la prise de risque a un impact direct et positif sur l’autonomie, l’estime de soi, la régulation émotionnelle, la gestion du stress, la créativité, la résolution de problèmes et l’attention (Beaulieu & Beno, 2024). Bien que la recherche démontre les bienfaits du jeu risqué, chaque conseil scolaire, chaque école et chaque personne aura une tolérance différente au risque.

En tant qu’éducatrices et éducateurs, il est crucial d’appuyer ce type de jeu en comprenant la différence fondamentale entre risque et danger : alors que le risque est une incertitude que l’enfant peut évaluer et gérer de façon autonome, le danger est la présence d’une menace inconnue ou incontrôlable pour l’enfant (Beaulieu & Beno, 2024). Notre rôle consiste donc à comprendre la tolérance locale au risque et à évaluer les dangers potentiels, tout en laissant aux élèves suffisamment d’espace pour relever les défis par eux-mêmes.

Une façon d’encourager cela est de désigner un espace extérieur comme « zone de défis ». Dans cet espace contrôlé, délimité et supervisé, le jeu plus brusque est permis entre les enfants qui s’y engagent mutuellement. De cette façon, les élèves développent leur confiance, leur conscience de soi, leur autonomie et leurs habiletés motrices. Le jeu risqué soutient également le développement du cerveau en favorisant la prise de décision, le jugement critique, les fonctions exécutives et la résolution de problèmes.

L’éducation en plein air : une nécessité, pas une récompense

Dans le contexte actuel, l’éducation en plein air et le jeu risqué offrent des occasions d’apprentissage précieuses. Toutefois, une idée reçue persistante veut que le jeu et le temps passé dehors ne soient « que la récréation » et qu’ils empiètent sur un temps d’enseignement essentiel pour répondre aux exigences académiques du programme. Ainsi, certains membres du personnel enseignant peuvent percevoir le temps extérieur — ou son retrait — simplement comme une récompense ou, à l’inverse, comme une punition, selon que le travail est complété ou non, ou en fonction du comportement attendu ou inattendu, par exemple. Même si cette pression existe chez plusieurs enseignantes et enseignants, cette façon d’envisager le temps passé dehors peut être problématique.

En effet, cette vision peut laisser croire aux enfants que l’apprentissage en plein air doit se mériter parce qu’il serait moins important que le travail académique. Cela peut renforcer la motivation extrinsèque et amener les enfants à considérer le mouvement et la nature comme optionnels, ce qui peut nuire à leur bien‑être et à leurs apprentissages. Ironiquement, en utilisant le temps extérieur de cette manière, ce sont souvent les enfants dont le bien‑être et l’apprentissage bénéficieraient le plus — parce qu’ils ont besoin de motivation, de dépenser leur énergie ou de se connecter à la nature — qui s’en trouvent privés.

Que pouvez‑vous faire?

Même s’il est facile de penser à toutes les contraintes auxquelles nous faisons face, comme éducatrices et éducateurs, pour adopter cette approche, je vous invite plutôt à réfléchir à ce que vous avez déjà pour commencer.

  • Quelles ressources humaines, matérielles, financières, temporelles et environnementales sont disponibles dans votre milieu scolaire pour vous aider à intégrer cette approche dans votre pratique?
  • Comment le bien‑être et l’apprentissage de vos élèves pourraient‑ils être influencés s’ils avaient plus de temps et d’espace pour explorer, jouer, prendre des risques et se connecter avec la nature?
  • Comment le niveau de confort du personnel de votre école influence‑t‑il ses pratiques pédagogiques et, par ricochet, la culture et les politiques scolaires?
  • Comment pouvez‑vous vous assurer que le personnel, les membres du conseil scolaire et les familles partagent une compréhension commune, fondée sur la recherche, des bienfaits de l’apprentissage en plein air et du jeu risqué — et comment pouvez‑vous répondre à leurs préoccupations?
  • À quoi pourrait ressembler une mise en œuvre à l’échelle de l’école de l’apprentissage en plein air, et comment pourriez‑vous mesurer ses effets sur vos élèves?

Vous n’avez pas besoin d’attendre la prochaine Journée mondiale de l’apprentissage en plein air pour amener vos élèves dehors courir, sourire, lire, mesurer, pelleter, construire, dessiner, grimper, observer ou se détendre. Vous pouvez commencer dès maintenant.

Références

Ahehehinnou, P. & Couzon, N. (2019, April 22). La réussite scolaire pousse-t-elle dans les arbres? Réseau d’information pour la réussite éducative. https://rire.ctreq.qc.ca/lareussite-scolaire-pousse-t-elle-dans-les-arbres/

Beaulieu, E., & Beno, S. (2024). Healthy Childhood Development Through Outdoor Risky Play: Navigating the Balance with Injury Prevention (Position statement). Paediatrics & Child Health, 29(4), 255–261. Canadian Paediatric Society. https://cps.ca/en/documents/position/outdoor-risky-play

Berrigan, F. & Turcotte, S. (2021). La classe flexible: Une opportunité pour promouvoir le mode de vie physiquement actif. Vivre le primaire, 34(3), 58–59.

Bollimbala, A., James, P. S., & Ganguli, S. (2020). The effect of Hatha yoga intervention on students’ creative ability. Acta Psychologica, 209, 103–121.

Centre de services scolaire de Montréal. (2020). Guide de ressources en éducation relative à l’environnement. Gouvernement du Québec.

Duval, S., Cadoret, G., & Montminy, N. (2020). L’éducation par la nature : Un contexte signifiant pour observer et soutenir les fonctions exécutives. Revue préscolaire, 58(4), 27–29. https://aepqkiosk.milibris.com/reader/revue-prescolaire

Louv, R. (2019). What is nature-deficit disorder? Children & Nature Network. https://www.childrenandnature.org/resources/what-is-nature-deficit-disorder/

Trina, N. A., & Monsur, M. (2025). Plants and play: Value of plant databases to transform plants as loose parts play materials in outdoor learning environments. Learning Environments Research, 28, 813–834.

Toigo, S., Wang, C., Prince, S. A., Varin, M., Roberts, K. C., & Betancourt, M. T. (2025). Recreational screen time and mental health among Canadian children and youth. Health Promotion and Chronic Disease Prevention in Canada, 45(7/8), 311–322.

UNICEF. (2025, May 1). The importance of outdoor play (and how to support it). UNICEF Europe and Central Asia. www.unicef.org/importance-outdoor-play-and-how-support-it

Walshe, N., Lee, E., & Smith, M. J. (2020). Supporting children’s well-being with art in nature: Artist pedagogue perceptions. Journal of Education for Sustainable Development, 14(1), 98–112.

Apprenez-en plus sur

Jessica Migueis

Teacher

Jessica is a passionate kindergarten teacher with seven years of experience teaching French as a second language in Montreal. She is dedicated to supporting the global development of young children through play-based, early learning pedagogy in inclusive and outdoor learning environments.

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