Historique

Une rétrospective pour le 125e anniversaire de l’ACE sur la façon dont cette dernière a informé, relié, remis en question et inspiré des éducateurs de partout au pays.

Lorsque le Réseau Édcan était l’Association canadienne d’éducation

La plupart des gens sont étonnés d’apprendre que l’ACE existe depuis presque aussi longtemps que le Canada. Dans cet article, Stephen Hurley explore l’historique qui a mené l’ACE à son engagement à repousser les frontières de notre réflexion sur le changement en éducation et à entreprendre des conversations stimulantes et originales avec les Canadiens à propos du changement transformationnel.

Il s’est avéré que cet acte conçu pour rapprocher les colonies de l’Amérique du Nord britannique a eu l’effet inattendu de garantir qu’une grande distance existerait toujours entre elles. L’assurance de laisser plusieurs éléments essentiels de la gouvernance, notamment l’éducation et la santé, entre les mains des provinces, a créé les conditions pour un sentiment de détachement, si ce n’est de désunion. Les associations d’enseignants ont reconnu une possibilité de créer une organisation qui pourrait combler cet écart et relier des collègues de partout au pays.

Quiconque a étudié l’innovation saura que de nombreuses excellentes idées ont de la difficulté à faire suffisamment leur chemin pour devenir réalité, et cette idée ne faisait pas exception. Il a fallu près de 25 ans pour que les obstacles perçus soient éliminés et que la Dominion Education Association (DEA), qui deviendrait plus tard l’Association canadienne d’éducation (ACE), soit lancée en 1891.

Une perspective nationale sur l’éducation : les cinq premières années

Cela a dû être un moment très émouvant lorsque le premier président de l’Association, l’honorable G. W. Ross, ministre de l’Éducation de l’Ontario, s’est levé le 5 juillet 1892 pour s’adresser aux éducateurs, aux politiciens et aux dignitaires rassemblés à Montréal. En lisant entre les lignes son appel à l’action, nous entendons un message qui était censé rejoindre un auditoire dépassant largement celui assis devant lui :

« Essayons de faire ce que les politiciens n’ont pas encore fait; ce que l’opinion publique de ce pays n’a pas encore permis de faire, à savoir unir les vingt mille enseignants du Canada… et grâce à eux, déclarer au monde que le Canada n’est pas divisé en idées provinciales, mais que les sentiments des provinces sont unis en un ensemble harmonieux. »

La vision de M. Ross pour la DEA était une tentative audacieuse et impressionnante de souligner le rôle important qu’il croyait que les éducateurs du pays pouvaient jouer dans la création d’un sentiment d’unité dans un pays menacé par une mentalité paroissiale. Pour y arriver, l’organisation devait s’efforcer d’assurer la qualité des écoles dans un pays qui prenait toujours de l’expansion dans toutes les directions. M. Ross a toutefois vu dans cette nouvelle organisation une réponse à la question fondamentale qu’il a bravement posée aux délégués à ce congrès : « Notre éducation sera-t-elle provinciale ou nationale? »

Les premiers jours de la DEA ont à peine fait les manchettes. La vie de l’organisation tournait autour de congrès, organisés sporadiquement, avec peu de suivi d’une année à l’autre. Bien que les archives de l’ACE rapportent la présentation de certaines idées plutôt passionnantes et opportunes sur l’éducation publique, la pédagogie et la structure scolaire, dont un grand nombre pourrait toujours captiver l’imagination d’auditoires du 21e siècle, peu d’activités se déroulaient entre les congrès.

Une question récurrente pour la jeune Association concernait l’établissement d’une certaine forme de bureau fédéral de l’éducation, un mécanisme officiel qui pourrait recueillir des données et des statistiques à l’échelle nationale sur l’éducation, transmettre l’information aux provinces et créer un parcours plus simple pour la certification interprovinciale des éducateurs. Cependant, ces discussions sur un bureau centralisé ont souvent été tues rapidement; au moins une voix à la table de réunion ou au congrès sonnait l’alarme contre toute démarche pouvant menacer l’assurance constitutionnelle de l’autonomie provinciale.

Néanmoins, la pression de trouver une façon de maintenir une perspective nationale sur le système d’éducation publique du Canada s’accentuait, et graduellement, la DEA a commencé à se faire à l’idée que l’organisation pourrait en fait jouer ce rôle. Empreinte d’une vision solide pour une voix unifiée en éducation, respectée dans le secteur de l’éducation au Canada et reconnue par de nombreuses personnes comme une organisation nationale neutre, la Dominion Education Association était prête à entamer un nouveau chapitre de son histoire.

La décision en 1913 de passer d’une association d’éducation générale à une association qui était plus représentative des ministères provinciaux de l’Éducation a été une étape importante pour l’Association. Bien que certaines personnes puissent avoir eu l’impression que l’ACE tournait le dos à ses souscripteurs fondateurs, le changement a fait en sorte que tous les ministères provinciaux de l’éducation avaient une place à la table de l’ACE. Cela a augmenté la visibilité de l’ACE, a permis de rester au courant des préoccupations et des besoins provinciaux et a attiré davantage de dirigeants de ministères de l’Éducation de partout au pays dans le travail de l’Association. L’ACE pourrait vraiment se déclarer comme une organisation dont la vision et la représentation étaient nationales.

Durant les vingt années suivantes, un financement accru des provinces a suscité un sentiment d’espoir croissant. L’ACE a défini davantage son sens de la mission et ses valeurs; il y avait un nouveau mandat organisationnel et un nouvel esprit de corps. Dans les mois et les années qui ont suivi, l’ACE a commencé à effectuer la majorité du travail qui, à ce jour, fait partie de son énergie et de son dynamisme.

Informer, effectuer de la recherche et relier : l’ACE dans le boom de l’éducation de l’après-guerre

Dans les années 1940, le Canada s’est retrouvé immergé dans une autre guerre mondiale. Bien qu’elle ait eu d’énormes répercussions sur le pays en matière d’esprit humain, ainsi que de vies et de ressources humaines, des politiciens et des citoyens ont commencé à examiner l’infrastructure de l’avenir qui serait nécessaire pour soutenir leurs aspirations d’après-guerre. Il n’est pas surprenant que l’éducation ait figuré dans ces conversations.

Ce qui peut être surprenant pour certaines personnes est le rôle que l’ACE a joué dans cette réflexion ambitieuse. L’ACE a mené un sondage à l’échelle du Canada pendant plus d’un an pour déterminer les principaux besoins en matière d’éducation du pays. Rien d’une telle magnitude n’avait jamais été commandé auparavant, et le rapport du comité a eu une grande incidence sur la façon dont l’éducation serait conçue durant la période importante qui a suivi la guerre.

Le rapport sur le sondage largement distribué était un excellent exemple du type de dialogue interprovincial dans lequel l’ACE agit comme un négociateur, et cela a fait en sorte que des ministres provinciaux se lèvent et se rendent compte de la mesure dans laquelle ce type de coopération pourrait être utile.

Un financement a finalement été obtenu pour embaucher les premiers employés tant attendus de l’ACE, et l’Association a commencé à être reconnue pour sa capacité de recueillir et de publier certaines des réflexions les plus novatrices du pays. La revue trimestrielle Éducation canadienne (qui est devenue plus tard Éducation Canada) a été établie. Un bulletin d’information mensuel, une première étape vers un service d’information basé à l’ACE, a connu une expansion rapide, alors que les conseils et commissions scolaires, ainsi que les ministères provinciaux, ont exprimé un intérêt à être reliés à d’autres territoires et régions du pays.

Aujourd’hui, les personnes dans le domaine de l’éducation trouveraient probablement étrange d’imaginer une époque où la phrase : « La recherche montre… » ne faisait pas partie des discussions quotidiennes sur l’enseignement et l’apprentissage. Cependant, au cours des années d’après-guerre, le secteur de l’éducation regardait avec convoitise la croissance de la recherche dans d’autres domaines. Peu après, l’ACE a officiellement adopté la promotion et la publication de la recherche en éducation comme l’un de ses piliers.

L’ACE est rapidement devenue un partenaire de confiance dans la recherche et la production d’un grand nombre de rapports et d’études axés sur les politiques et les pratiques en éducation, formant la base d’une bibliothèque riche et vaste à la disposition des ministères et d’autres personnes intéressées dans le secteur de l’éducation.

Durant cette période d’activité accrue, l’ACE n’a jamais perdu de vue sa vision d’origine consistant à devenir une organisation qui relie les personnes travaillant dans le domaine de l’éducation partout au pays et en fait, dans le monde entier. Un comité mixte Canada–É.-U. sur l’éducation a été établi en 1944 et a existé jusqu’en 1961. L’ACE a représenté l’éducation canadienne à de nombreuses conférences internationales. De plus, le programme d’échange d’enseignants géré par l’ACE a été une initiative populaire qui a encouragé non seulement les échanges provinciaux, mais aussi des expériences pour les éducateurs aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Durant cette période d’épanouissement énergique, une série de bourses de la Kellog Foundation (oui, ce Kellog) basée aux É.-U. a permis à l’ACE de lancer une de ses initiatives les plus réussies et anciennes. Au cours de ses 45 ans d’existence, le Cours intensif sur l’administration de l’éducation de l’ACE a relié plus de 3 000 dirigeants du système aux plus récents penseurs en éducation au pays et dans le monde.

Un des éléments favorables les plus importants durant ces années a été une intensification des rapports avec les ministères de l’Éducation, dont la solidité a mené à la formation d’un comité permanent spécial de ministres de l’Éducation. Ce comité permanent a fini par devenir le Conseil des ministres de l’Éducation, se constituant comme l’organisation distincte qui existe toujours aujourd’hui.

Bien que la création du CMEC a causé de l’incertitude parmi les dirigeants de l’ACE, le lien continu entre les deux organisations a assuré que les programmes et les services de l’ACE se poursuivraient et en fait, prendraient de l’expansion.

Considérées séparément, chacune de ces réalisations est, au mieux, intéressante. Cependant, à long terme, ces programmes, initiatives et produits sont devenus les pierres d’assise qui ont été posées sur la fondation d’origine de l’ACE. Un grand nombre de ces initiatives a été élargi et a évolué au cours des années qui ont suivi, devenant une grande partie de l’identité de l’ACE dans le secteur de l’éducation.

Mettre en doute les hypothèses et soutenir la transformation : l’ACE aujourd’hui

125 années sont passées depuis que l’ACE a vu le jour, en tant qu’organisation qui, quoique petite, était vouée au maintien d’un sentiment d’appartenance et d’une vision à l’échelle d’un pays en expansion. Non seulement a-t-elle réussi à maintenir le dialogue interprovincial ouvert et une coopération entre les éducateurs, les dirigeants du système, les universitaires et les politiciens du pays, mais au cours des dernières années, l’ACE a aussi élargi ce dialogue, tirant profit des progrès de la technologie des communications pour attirer les voix des élèves, des parents et des théoriciens de l’éducation de la communauté internationale.

C’est une période cruciale dans l’histoire du Canada, non seulement pour l’éducation publique, mais pour toutes les institutions publiques au pays.

La tension entre ce qui est nécessaire et ce qui est possible est ressentie dans l’ensemble de nos systèmes d’éducation. L’ACE s’est courageusement positionnée au cœur de cette tension, et en tirant parti d’une tradition d’établissement de relations de confiance de 125 ans, engage les Canadiens dans des conversations provocantes et novatrices sur la transformation.

En attirant un vaste éventail de voix et de perspectives dans la vie de l’organisation, l’ACE revitalise certains de ses moyens habituels pour interagir avec les Canadiens et crée de nouvelles possibilités pour la communication et l’innovation.

Cependant, ce qui est peut-être le plus important est l’engagement de l’ACE à repousser les limites du raisonnement du Canada par rapport au changement en éducation. Au cours des dix dernières années, le travail lié à l’engagement des élèves, aux aspirations des enseignants et à la neuroscience a fait en sorte que plusieurs ont commencé à mettre en doute les hypothèses que nous faisons par rapport à l’enseignement, à l’apprentissage et à l’équité pour tous les élèves. Bien qu’elles aient toujours fait partie des conversations dans l’éducation publique canadienne, l’ACE travaille de manière acharnée pour s’assurer qu’elles aient une incidence sur la politique et la pratique.

L’actuel PDG Ronald Canuel voit le rôle de l’ACE assez différemment des premiers dirigeants de l’Association en 1981. Au-delà de la possibilité de réseautage qui est une caractéristique déterminante tout au long de l’histoire de l’Association, il souligne la capacité de l’ACE d’anticiper l’avenir de l’éducation au Canada :

« Grâce à notre recherche, à nos réseaux d’information et aux possibilités que nous avons de parler à des personnes dans le domaine de l’éducation à l’échelle nationale et internationale, l’ACE permet aux gens de réfléchir et de planifier plus de deux ou trois ans à l’avance, ce qui est rare dans ce domaine. Nous sommes capables d’engager des conversations plus tôt qu’elles le seraient habituellement, souvent avant même que les gens soient prêts à les avoir. »

Le 125e anniversaire de toute organisation est une raison de célébrer. L’histoire de l’ACE est toutefois bien plus que l’histoire d’une seule organisation. C’est l’histoire de l’un des piliers les plus solides de ce pays : son système d’éducation publique. C’est aussi une histoire ancrée dans le passé, le présent et l’avenir du Canada.

Alors que les Canadiens continuent de réfléchir à ce qui est nécessaire et à ce qui est possible dans l’éducation publique, il est intéressant de savoir que l’ACE continuera d’être un défenseur du changement courageux et avant-gardiste, rassemblant, dirigeant et faisant participer des voix de partout au pays.

Photo : l’Association canadienne d’éducation

Première publication dans Éducation Canada, décembre 2016