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Favoriser son propre bien-être psychologique au travail

Comment une direction ou une direction adjointe d’établissement scolaire peut-elle y arriver ?

Les tâches des directions et directions adjointes d’établissement scolaire ne cessent d’augmenter et de se complexifier depuis plusieurs années, entrainant une difficulté de comblement de ces postes qui sont de moins en moins convoités. Une dégradation de l’état de santé physique a été observée ainsi qu’une forte augmentation des épisodes d’épuisement chez ce personnel depuis plusieurs années (Gravelle et al., 2023). De plus, une détresse psychologique élevée ou très élevée est ressentie par 49 % des cadres scolaires (INSPQ, 2025). Dans ce contexte, comment faire en sorte que les personnes endossant ce rôle de direction et de direction adjointe puissent prendre en main leur propre bien-être psychologique au travail afin de le favoriser ? Bien sûr, des initiatives et des dispositifs peuvent être mis en place par les organisations pour soutenir le bien-être du personnel scolaire mais il est également important d’outiller le personnel, ici des directions et directions adjointes d’établissement, afin qu’elles trouvent des stratégies pour surmonter les situations qui ébranlent leur bien-être. Cet article se penche sur cette orientation afin de redonner du pouvoir d’agir aux directions d’établissement.

Étant moi-même direction d’établissement dans un grand centre de services scolaire et engagée dans un parcours doctoral, j’ai proposé de m’engager à soutenir des directions d’établissement au regard de la prise en charge de leur bien-être, avec l’appui de la direction générale. J’ai donc offert à des directions et directions adjointes d’établissement scolaire de mon centre de services scolaire de participer à une communauté de pratique portant sur les leviers individuels du bien-être psychologique au travail. Quatre personnes, toutes directions ou directions adjointes d’établissement scolaire, ont choisi de participer à l’aventure et ont expérimenté divers outils au cours de l’exercice. Les rencontres se sont tenues en présentiel, sur une période de cinq mois, à raison d’une rencontre d’un après-midi par mois.

En prenant part à cette communauté de pratique dont l’objet central était le bien-être psychologique au travail, les membres, par leur engagement actif lors des rencontres, leur partage d’expérience et l’expérimentation des outils proposés entre les rencontres ont permis à chacun d’inspirer le groupe, tout en favorisant leur propre bien-être psychologique au travail.

La participation à cette communauté de pratique a été reconnue comme ayant un impact significatif sur le sentiment de bien-être des membres comme en témoignent les extraits suivants.

« Le dispositif a permis de mettre en relation de confiance un petit groupe de personne pour apprendre, expérimenter et évoluer à travers des informations, des exercices et des échanges pour favoriser notre propre pouvoir sur notre bien-être psychologique au travail » (Membre anonyme 1, 2025).

 « Je sors de cette expérience avec un éventail plus large de stratégies et d’outils favorisant mon BEPT. J’ai pu expérimenter quelques outils rapidement et efficacement. D’autres outils sont encore à découvrir. Une richesse incroyable pour améliorer de façon significative notre bien-être psychologique au travail » (Membre anonyme 2, 2025).

« Ma participation à la CoP est probablement ce qui m’a permis de ne pas partir en burn-out » (Membre anonyme 3, 2025).

Les membres se sont retrouvés à cinq reprises avec beaucoup de plaisir et en ont retiré des bienfaits, allant de l’augmentation de leur BEPT, à une meilleure gestion de leur équilibre personnel. Lors de chacune des rencontres, une des cinq dimensions favorisant le BEPT du modèle de Dagenais-Desmarais (2010) était explicitée et servait de déclencheur aux discussions afin d’explorer les façons de la nourrir individuellement.

L’adéquation interpersonnelle au travail, qui renvoie au fait de travailler dans un environnement où les relations avec les autres sont agréables et nourrissantes.

L’épanouissement au travail, qui correspond au sentiment de se sentir utile et de percevoir que ce que nous faisons a du sens et permet de se réaliser.

Le sentiment de compétence au travail, qui renvoie au jugement qu’un employé porte sur ses capacités à réaliser son travail adéquatement, en lien avec le sentiment d’efficacité personnelle.

La reconnaissance au travail, qui réfère au sentiment que le travail accompli ainsi que la personne sont reconnus et valorisés.

L’engagement au travail, qui correspond au le lien développé entre l’employé et l’organisation où il évolue, l’amenant à s’investir au quotidien.

Nous avons également exploré d’autres pistes susceptibles de favoriser le BEPT et une sixième dimension a émergé, bonifiant ainsi le modèle existant avec ;

La déconnexion et la récupération, qui renvoient aux stratégies utilisées permettant de se détacher du travail, et d’éviter une rumination continue, combiné à la pratique d’activités favorisant le ressourcement, afin de se réaliser, de se nourrir ou de se dépenser.

Lors des rencontres de la communauté de pratique, différents outils inspirés de la psychologie positive (Seligman et al., 2005) documentés par différents auteurs ayant une expertise portant sur le bien-être et préalablement mis à l’épreuve ont été proposés. Les critères de sélection de ces outils étaient l’accessibilité, la crédibilité ainsi que la facilité d’utilisation. Ainsi, 11 outils différents ont été expérimentés et sont considérés par un ou plusieurs des membres comme ayant favorisé leur bien-être psychologique au travail. Les trois outils présentés ci-dessous comptaient parmi les plus appréciés et, surtout, ont été considérés comme ayant un certain impact, voire un grand impact sur le bien-être psychologique au travail de plusieurs membres de la communauté de pratique. De plus, ils sont  facile à mettre en place et à pratiquer au quotidien.

1. Le journal des trois belles choses

L’humain a tendance à porter son regard vers ce qui est sombre, négatif ou triste et c’est ce dont les médias de toutes sortes nous abreuvent quotidiennement, nous induisant une projection irréelle du monde qui nous entoure (Cooperider et Whitney, 2019). Cette concentration sur la négativité amène un biais rendant difficile la prise de conscience des qualités de ce qui nous entoure. Le « Journal des 3 belles choses » permet de porter son regard vers le positif. Il s’agit d’un exercice puissant et bien étudié en psychologie positive et fort simple : chaque soir avant d’aller au lit, il suffit d’identifier 3 événements qui se sont bien déroulés au cours de la journée. C’est la constance dans la pratique qui vient lui donner tout son pouvoir (Huet et al., 2020). Cet exercice peut paraître simpliste, mais il augmente le bonheur et diminue la dépression pour une durée de 6 mois s’il est pratiqué pendant une semaine (Seligman et al., 2005). Un cahier destiné à cette fin et une routine d’écriture quotidienne sont les seules choses nécessaires afin de mettre en place cet outil qui a été reconnu efficace et adopté par tous les membres de la communauté de pratique.

2. Cohérence cardiaque

En situation de stress, le corps se met en état d’alerte et active plusieurs mécanismes de protection interreliés entrainant la sécrétion de diverses hormones. Ces réactions physiologiques provoquent notamment une augmentation de la fréquence cardiaque (Lupien, 2010). La cohérence cardiaque (O’Hare, 2012) est une technique de contrôle de la respiration entrainant une régulation de l’état émotionnel et par le fait même, une diminution des signes de tension. Cela a comme effet de réguler le système nerveux autonome, augmenter son système immunitaire et calmer la tempête intérieure, permettant ainsi de prendre des décisions réfléchies. Une baisse du cortisol sanguin, un ralentissement du vieillissement, une réduction de la perception du stress, une augmentation de la sécrétion de l’ocytocine (hormone du bonheur) ainsi qu’un lâcher-prise sont les bienfaits procurés par la pratique régulière de la cohérence cardiaque (Croisé et Lévy, 2020). La technique consiste à pratiquer, trois fois par jour, des respirations profondes d’une durée de 10 secondes par cycles inspiration/expiration, et ce durant cinq minutes. Cela entrainera un rythme respiratoire de 6 respirations par minutes. Il existe de nombreuses applications mobiles, gratuites pour la plupart, permettant de pratiquer la cohérence cardiaque où que nous soyons.

3. Savouring

Le savouring consiste à profiter pleinement du moment présent, de ce que l’on observe, ce que l’on mange ou du moment que l’on vit afin qu’il s’imprègne positivement. Selon Ramirez-Durant (2021), « en concentrant intentionnellement notre attention sur des événements positifs et en prolongeant les sentiments positifs qui en découlent, nous pouvons atténuer les effets négatifs sur la santé et favoriser le bien-être. »  Les membres de la communauté de pratique ont expérimenté l’exercice avec une clémentine. Les yeux fermés, chacun a reçu le fruit dans ses mains et a été invité à porter attention à la texture de la pelure, puis les yeux ouverts, aux différentes particularités physiques, à l’odeur en l’épluchant et finalement au goût et à la texture en bouche en la mangeant afin d’en apprécier les caractéristiques ainsi que l’expérience.

Les membres ont ensuite été invitées à pratiquer le savouring à différents moments tels que l’observation d’un coucher de soleil, de la chute d’une neige floconneuse ou encore lors d’un moment de complicité avec une personne, etc.

Conclusion

La participation à une communauté de pratique portant sur le bien-être psychologique au travail a eu des retombées positives pour chacun des membres. L’utilisation d’outils accessibles, crédibles et faciles à utiliser a permis de favoriser leur bien-être, confirmant le pouvoir que chacun a sur son propre bien-être psychologique au travail. Le dispositif de la communauté de pratique, ainsi que chacun des outils pris individuellement, peut contribuer à favoriser le bien-être psychologique au travail. Utilisés conjointement, leurs effets se renforcent et augmentent les chances d’obtenir des bénéfices tangibles.

questions de réflexion

  • Quelles stratégies utilisez-vous pour soutenir votre propre bien-être psychologique au travail ?
  • Comment pourriez-vous collaborer avec vos collègues afin de renforcer votre bien-être collectif au travail ?

 

Références

Pour plus amples informations concernant les ressources développées dans le cadre du parcours doctoral, les lecteurs sont invités à consulter la référence suivante : Ouellette, J. (2026). Comment les directions et directions adjointes d’établissement scolaire peuvent-être favoriser leur bien-être psychologique au travail ? [Essai doctoral] Doctorat professionnel en éducation, Université de Sherbrooke.

 

Copperrider, D. et Whitney, D. (2019). L’appreciative Inquiry: une révolution positive. Intereditions.Croisé, V., et Lévy, F. (2020). Pro en bien‑être au travail. Dunod.

Dagenais-Desmarais, V. (2010). Du bien-être psychologique au travail : Fondements théoriques, conceptualisation et instrumentation du construit. Université de Montréal

Gravelle, F., Étienne, F., Gagnon, C. et Monette, J. (2023). L’épuisement professionnel des directions et des chefs d’établissements : comparaison entre la situation québécoise et française dans Gravelle, F., Étienne, F., Gagnon, C. et Monette, J. (2023). Bien-être des personnels de direction au Québec et en France. Éditions JFD. Chap. 8, p.145 à 187.

Huet, N., Camus, M., & Rosset, E. (2020). La boîte à outils du bien‑être au travail. Dunod.

Institut national de santé publique du Québec. (2025). Étude menée auprès du personnel scolaire du Québec sur l’état de santé mentale et l’exposition aux risques psychosociaux du travail. https://www.inspq.qc.ca/publications/3613

Lupien, S. (2010). Par amour du stress. Éditions au Carré

O’Hare, D. (2012). Cohérence cardiaque : 365. Guide de cohérence cardiaque jour après jour. Vergèze, France : Thierry Souccar Éditions.

Ouellette, J. (2026). Comment les directions et directions adjointes d’établissement scolaire peuvent-être favoriser leur bien-être psychologique au travail ? [Essai doctoral] Doctorat professionnel en éducation, Université de Sherbrooke.

Peterson, C. et Park, N. (2005). Classification et évaluation des forces de caractère. Revue québécoise de psychologie, 26 (1), 23–40.

Ramirez‑Duran, D. (2021). Savoring in positive psychology: 21 tools to appreciate life. PositivePsychology.com. https://positivepsychology.com/savoring

Seligman, M. E. P., Steen, T. A., Park, N., & Peterson, C. (2005). Positive psychology progress: Empirical validation of interventions. American Psychologist, 60(5), 410–421. https://doi.org/10.1037/0003-066X.60.5.410

Shankland, R., Durand, J-P., Paucsik, M., Kotsou, I., et André, C. (2020). Mettre en œuvre un programme de psychologie positive. Dunod.

 

Apprenez-en plus sur

Jennifer Ouellette D.Ed

Praticienne-Chercheure, Université de Sherbrooke - Centre de services scolaire des Milles-îles

Jennifer Ouellette est directrice d’établissement scolaire sur la Rive‑Nord de Montréal et détient un doctorat professionnel en éducation de l’Université de Sherbrooke. Ancienne infirmière et enseignante en soins infirmiers, elle œuvre depuis plusieurs années en direction d’école au primaire, au secondaire et en formation professionnelle. Elle est également chargée de cours à l’Université du Québec en Outaouais. Guidée par une préoccupation constante pour le bien-être des gens, ses travaux portent sur le bien‑être psychologique au travail des directions d’établissement scolaire, un enjeu qu’elle explore à travers la recherche‑action et l’accompagnement de communautés de pratique.

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