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Bien-être, Chemins, Communauté scolaire

Quand il y a abus de pouvoir…

La violence directe et indirecte

La violence directe et indirecte à l’école est un fléau, mais savons-nous la reconnaître et agir lorsqu’elle se présente? Dans cet article, nous nous attarderons à définir ce phénomène en plus de donner quelques pistes d’intervention et de présenter un outil issu du transfert de connaissances.

Selon Tel-Jeunes[1], un organisme québécois offrant un soutien gratuit et confidentiel aux jeunes et aux parents, l’intimidation est un
comportement :

  • qui cause de la détresse chez le jeune qui en est victime;
  • qui a pour effet de blesser, nuire, isoler, menacer, contrôler ou punir l’autre;
  • qui comporte un abus de pouvoir de la part d’un ou de plusieurs jeunes envers une personne;
  • qui peut se produire une fois ou qui peut se répéter au fil du temps.

Cette forme de violence peut être directe ou indirecte. Toujours selon Tel-Jeunes, l’intimidation directe a lieu en présence de la victime. Des gestes, des paroles et des actions sont clairement dirigés contre elle. Par exemple, il peut s’agir de pousser, frapper, voler ses biens, se moquer d’elle, l’insulter, etc. De manière indirecte, les comportements violents sont posés en l’absence de la victime. Ils sont cachés ou déguisés et donc plus difficiles à identifier. La victime est exclue d’un groupe ou simplement ignorer, des rumeurs et des mensonges sont répandus à son sujet, les personnes autour d’elle sont manipulées, etc.

Selon le Dr Égide Royer, un expert en la matière, de 6 à 10 % des jeunes sont victimes de manière répétitive d’intimidation. Les recherches de Pierrette Verlaan, professeure à l’Université de Sherbrooke, démontrent que les enfants solitaires ou introvertis ne sont pas les seuls à subir de l’intimidation. Même le plus populaire d’entre eux peut éventuellement, pour une raison qu’il ignore, être exclu par les autres et être confronté à l’isolement, à l’humiliation et au rejet.

Quelles sont les conséquences psychosociales de ce phénomène?

L’intimidation peut durer plusieurs années. Les conséquences de l’intimidation peuvent être graves et perturber le développement et la vie sociale des jeunes qui en sont la cible. En fait, elles s’apparentent à ce que peuvent vivre les personnes victimes de harcèlement psychologique (dépression, anxiété, diminution de l’estime de soi, problèmes d’ordre académique, somatisation et idéation suicidaire).

Quelques pistes d’intervention

Le terme « intimidation » est sur toutes les lèvres, mais savons-nous comment agir face à cette forme de violence parfois invisible?

Le Gouvernement du Québec a mis en ligne, il y a quelques mois, un site Web très intéressant s’adressant directement aux jeunes : www.moijagis.com. Ce site est divisé en trois sections : jeunes, adultes et éducateurs.

Le site www.canadiensensante.gc.ca propose plusieurs pistes.

En voici quelques-unes pour les jeunes de 12 à 17 ans :

  1. Ignorer l’intimidateur et ses menaces : s’éloigner dans un endroit sécuritaire;
  2. Se défendre : défier l’intimidateur d’une voix forte et ferme pour qu’il s’arrête, puis s’éloigner;
  3. Ne pas répondre à l’intimidation par de l’intimidation : cela peut mener à de la bagarre, ce qui est dangereux;
  4. Informer un adulte : quiconque fait l’objet d’intimidation ou est témoin doit avertir un adulte. Le directeur d’école, les enseignants, les parents et les surveillants du midi peuvent tous aider.

Comment intervenir auprès des enfants de 4 à 11 ans?

Avec les enfants plus jeunes, l’intervention d’un adulte est essentielle. Un jeune enfant a tout d’abord besoin d’être réconforté. Soyez à son écoute et rassurez-le en lui disant :

  1. « Malgré les apparences, la situation n’est pas désespérée. On peut faire quelque chose pour mettre fin à l’intimidation. Je vais t’aider. »
  2. « Il y a toujours quelqu’un à qui tu peux parler d’intimidation; ce peut être moi, un professeur ou un autre adulte de l’école. »
  3. « Reste calme et essaie de ne pas montrer que tu es contrarié. En te mettant en colère, tu peux empirer les choses. »
  4. « Dès que tu te fais intimider, va voir un adulte en qui tu as confiance et raconte-lui ce qui s’est passé. C’est ton droit d’être en sécurité. »
  5. « Si tu as peur d’en parler à un adulte, demande à un ami de t’accompagner. »

Le transfert de connaissances scientifiques

Le transfert de connaissances issues de la recherche vers les milieux de pratique est très pertinent lorsqu’il est question d’intervenir auprès des jeunes ou de les sensibiliser à différents problèmes. Une trousse de sensibilisation à l’agression indirecte est actuellement disponible sur le marché. Cette dernière est le fruit d’un processus rigoureux de transfert de connaissances issues des recherches de Pierrette Verlaan, chercheuse au groupe de recherche sur les inadaptations sociales de l’enfance (GRISE) de l’Université de Sherbrooke, et France Turmel, conseillère pédagogique au Service régional de soutien et d’expertise pour les commissions scolaires de l’Estrie. Elle est produite par le Centre de liaison sur l’intervention et la prévention psychosociales (CLIPP).

Plus de 1 300 établissements d’éducation et de santé canadiens possèdent et utilisent cette trousse qui vise à prévenir, chez les jeunes âgés de 10 à 13 ans, une forme de violence invisible et pernicieuse qui se manifeste fréquemment dans les classes, les cours d’école ou les autobus scolaires. La trousse propose des outils qui permettent d’organiser différents types d’activités à réaliser avec les jeunes pour aborder la question de l’agression indirecte. Une enquête auprès des acheteurs de la trousse, provenant de différents milieux, a révélé que cet outil est très utile aux intervenants qui travaillent auprès des jeunes. Les intervenants sont satisfaits de la trousse et remarquent, chez les jeunes, une prise de conscience importante face à la gravité de cette problématique. La trousse est disponible à l’adresse suivante (en français seulement) : http://www.clipp.ca/produits-et-services/produits/trousse-sensibilisation-a-l-agression-indirecte.html

Le CLIPP a également produit un Guide d’identification de certaines difficultés psychosociales vécues par les jeunes, en collaboration avec la Table de concertation jeunesse Kateri du territoire de la Montérégie. Ce dernier a été conçu afin d’aider les personnes intervenant auprès des jeunes de 10 à 17 ans à reconnaître les indices qui pourraient être associés à certaines difficultés psychosociales rencontrées par les jeunes, comme les troubles anxieux, la dépendance aux drogues, à l’alcool et aux médicaments, le jeu pathologique ou la cyberdépendance. Grâce à ce guide, les intervenants peuvent mieux comprendre diverses problématiques et orienter les jeunes vers les ressources adéquates. Le Guide est disponible gratuitement à l’adresse suivante (en français seulement) : http://www.clipp.ca/images/documents/guide_identification_difficultes_psychosociales_jeunes_nov2010.pdf

Photo: P. Wei (iStock)

Première publication dans Éducation Canada, mars 2014

 

RECAP – Direct and indirect violence in school is a scourge, but do we know how to recognize it and how to act when it occurs? In this article, we focus on defining this issue, propose several potential approaches, and present a knowledge mobilization tool. We also note the importance of turning to scientific research to acquire tools enabling the public to become more aware of these problems and how to intervene. Knowledge mobilization from research to practice settings is essential when the situation involves intervening with youth or making them aware of various issues. CLIPP (the Centre de liaison sur l’intervention et la prévention psychosociales) is essentially a knowledge mobilization centre that seeks to make science more accessible.


[1] Pour plus d’information sur les différentes formes d’intimidation et de violence, voir le site du gouvernement du Québec : www.moijagis.com

Apprenez-en plus sur

Patricia Filiatrault

Patricia Filiatrault est directrice des communications du CLIPP. Cette professionnelle des communications œuvre en transfert de connaissances dans le domaine psychosocial depuis maintenant cinq ans. Elle possède la ferme conviction que la vulgarisation et les communications adaptées aux différents publics permettent de promouvoir le savoir-faire et l’expertise des chercheurs d’ici.

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