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Enseignement

Participation de l’apprenant dans sa formation personnelle : quels enjeux?

Le problème de fond est de savoir comment rendre possible une activité intellectuelle ou éducative plus efficace et cohérente, qui puisse aider l’apprenant à participer activement, ou mieux à prendre une part active à sa propre formation? Une telle entreprise est-elle même possible dans un environnement devenu de plus en plus intenable et épris de vitesse comme celui d’aujourd’hui  où « l’ambivalence du pédagogique »  ne cesse de s’intensifier jour après jour?

À quelques jours des examens de fin d’année, que gagnent nos communautés éducatives à maîtriser les contours et les enjeux de ces graves questions?

1) Que signifie participer?

Participer signifie : prendre part à… Mais ne perdons pas déjà de vue qu’il y a des participations passives et des participations actives. Dans le premier type, l’apprenant, pour une raison non avouée ou non avouable, n’apporte rien et subit le cours. Dans le second type de participation, l’apprenant apporte un plus à sa propre formation (pré-requis).

 De ce point de vue, participer signifie :

  • Collaborer;
  • Apporter de façon notable sa contribution;
  • Compléter ses connaissances;
  • Dire à temps ce qu’on sait;
  • Faire à temps ses devoirs;
  • Opérer des feed-back.

Dans le programme des leçons pour le Semestre d’hiver (1765-1766), le philosophe Allemand Emmanuel KANT recommandait à tous les pédagogues que : « le professeur ne doit pas apprendre des pensées…mais à penser. Il ne doit pas porter l’élève mais le guider si l’on veut qu’à l’avenir il soit capable de marcher de lui-même… ». Le philosophe annonçait déjà là toute une propédeutique, ou mieux tout un système qui devrait nous aider à passer aujourd’hui d’une « École de la dépendance à une École de l’auto-promotion »[i]

La première École, plus ancienne et moins adaptée, présentait un certain nombre de caractéristiques :

  • Essentiellement livresque, elle accordait la priorité à l’enseignement général et surtout à l’étude de la langue et de la culture française;
  • Élitiste, elle opérait par une sélection rigoureuse des choix et possibilités d’avenir à un nombre restreint d’élus;
  • Ne débouchait sur aucun savoir-faire pratique, susceptible de satisfaire aux multiples besoins des populations indigènes, et fonctionne comme un instrument de promotion individuelle;
  • Formait pour le recrutement (précaire et essentiellement révocable) dans les corps périphériques de l’administration coloniale;
  • Ne prenait pas en charge le mode de production des populations indigènes en vue de le transformer.

La seconde École quant à elle, appelée « École Nouvelle » a sa philosophie. Pour mieux la cerner, il faut se situer par rapport au concept de mondialisation, qui nous impose le changement radical. De ce point de vue, notre système éducatif, pour nous permettre de nous adapter à la concurrence des cerveaux et aux multiples défis qui nous interpellent; doit obéir à certains principes fondamentaux, dans un monde où l’alternative reste de CRÉER ou DISPARAÎTRE.

À ce titre, l’édifice de notre « École Nouvelle » doit reposer :

  • Sur la démocratie;
  • Sur le professionnalisme;
  • Sur la mondialisation.

Il s’agit là d’une « École publique et républicaine », où tous les garçons et les filles de tous horizons, riches ou pauvres, doivent avoir librement accès à l’instruction et à l’éducation. Motivé, l’enseignant jouera pleinement son rôle de facilitateur pour favoriser efficacement ce libre accès. Ce n’est qu’à cette condition que notre système éducatif trouvera les moyens idoines permettant de prescrire aux jeunes, non plus une pédagogie du mépris : c’est-à-dire, celle où l’on passe l’essentiel du temps à faire des têtes bien pleines, réduisant pour ainsi dire les élèves à un rôle d’ingurgitateur des connaissances, mais plutôt une pédagogie du soutien : c’est-à-dire, celle où tout le travail de l’éducateur consiste à apprendre à l’apprenant à apprendre.

Pour une participation plus efficiente de l’apprenant, participation rendant possible sa maîtrise des vertus du dialogue, l’acquisition du bagage nécessaire à la résolution du problème de l’adéquation formation-emploi, et l’arrimage aux logiques de la mondialisation, elles-mêmes permettant l’appropriation des principes de la gouvernance (transparence, visibilité, lisibilité, traçabilité, participation, efficience, etc); le facilitateur qu’est l’enseignant aidera plus que jamais l’apprenant à assimiler aisément ses connaissances. En se donnant la main, tous se donneront comme conditions de base pour l’élaboration de leur projet : l’information et l’engagement (pédagogie du projet).

Dans cette perspective, la connaissance ne consiste point à « stocker » mécaniquement les informations qui affluent, mais à les rechercher et à les faire siennes (appropriation). D’où la nécessité de la connaissance des méthodes d’assimilation. Grâce à celles-ci, l’élève devient efficace, car en apprenant à faire sienne les informations, il les repense, les rapproche, les compare, les brasse, les classe. Il peut donc enfin se montrer capable de les employer par la suite.

C’est à ce niveau que l’intelligence, entendue comme faculté d’adaptation aux situations nouvelles, vient en aide à la mémoire (fonction par laquelle s’opèrent dans l’esprit la conservation et le retour d’une connaissance antérieurement acquise ; faculté de se souvenir).

Mais ne perdons point de vue que les acquisitions ne peuvent s’opérer que si l’apprenant est animé par l’appétit de connaître et adopte régulièrement une attitude dynamique.

2) Qu’est-ce donc qu’acquérir des connaissances de façon dynamique?

C’est un processus de longue haleine qui se mue en une attitude agressive que l’apprenant doit adopter sur les pistes du savoir.

A cet effet :

  • L’apprenant ne doit point attendre que l’enseignant lui dicte son cours pour tout écrire;
  • L’apprenant doit se montrer capable de ne retenir que le ou les éléments essentiels de la leçon;
  • L’apprenant doit pouvoir, après avoir suivi la leçon, réexpliquer dans ses propres termes ces éléments et pouvoir les employer à l’occasion d’un travail quelconque.

Acquérir des connaissances traduit la nécessité d’avoir suffisamment assimilé, intégré ces données pour pouvoir enfin les réorganiser, les reclasser dans différentes phrases, en fonction des nécessités.

Acquérir les connaissances, c’est pouvoir les évoquer; c’est trouver des exemples qui concrétisent les mots et expressions étudiés, et les analyser ou les illustrer; c’est pouvoir découvrir les antonymes; c’est chercher à mémoriser les gestes de l’enseignant qui accompagnent ses explications pendant le cours. Il y a là toujours une théâtralisation du cours à ne pas négliger.

3) Comment acquérir des connaissances?

Au lieu de mémoriser les connaissances, il est plutôt question :

  • De concentrer son attention pendant le cours, ou lors des lectures ou de la recherche, en prenant dans ce dernier cas un minimum de notes;
  • De remettre en ordre les notes (de cours ou de lecture). Tout le travail consiste ici à revoir ces notes pour mieux les :
    • Corriger;
    • Compléter;
    • Souligner;
    • Numéroter;
    • Annoter;
    • Réécrire.

Il s’agit de réactiver les connaissances en les employant oralement ou par écrit, et en revoyant les notes à plusieurs reprises. C’est dire que pour mieux aider l’apprenant dans ce processus d’acquisition des connaissances, il faut lui faire savoir que l’intensité de l’apprentissage est liée :

  • À sa disposition positive par rapport à l’apprentissage, c’est-à-dire, qu’il manifeste le désir d’apprendre;
  • À l’intérêt qu’il porte à la leçon étudiée en fonction de ses goûts;
  • À la compréhension qu’il acquiert des cours;
  • À la relecture des notes;
  • À des recherches visant à compléter le cours de l’enseignant.

Il ne faut pas perdre de vue ici que tout dépend de la capacité de l’élève à pouvoir maîtriser ses cinq sens. Son degré de participation active au cours dépend de l’usage qu’il aura fait dès sa prime enfance de :

  • Sa vue : pour apprendre à bien voir-regarder-observer;
  • Son ouïe : pour apprendre à distinguer entendre et comprendre;
  • Son odorat : pour apprendre à mieux sentir;
  • Son goût : pour apprendre à apprécier;
  • Son toucher : pour apprendre à se concentrer en faisant abstraction de son corps.

On comprendra par exemple que ce que l’on écrit se grave généralement et plus aisément dans l’esprit que ce que l’on écoute seulement ; la mémoire visuelle est souvent plus développée que la mémoire auditive. L’apprenant devra s’efforcer de noter au fur et à mesure ce sur quoi le professeur insiste. C’est une fois coulé dans un bon moule de méthode de travail (bonne gestion de son emploi du temps, organisation du travail) que l’élève s’identifiera à certains modèles et à certaines exigences :

  • Travail régulier : convaincu toujours qu’un savoir qu’on ne relit pas tous les jours diminue tous les jours;
  • Construire un autre emploi du temps ou calendrier et en informer les parents;
  • Savoir faire alterner détente et concentration;
  • Savoir préciser les objectifs de la lecture : acquérir les connaissances; étendre celles que l’on possède déjà et mieux les relier entre elles; savoir lire, c’est-à-dire pouvoir disposer rapidement des éléments qui vous permettent de comprendre une question. Plus on lit, plus on comprend et assimile facilement les lectures suivantes, parce qu’elles contiennent beaucoup d’éléments déjà connus : on lit donc de plus en plus vite et de plus en plus efficacement;
  • Savoir aussi préciser et définir les objectifs d’une émission que l’on suit à la radio ou à la télé ou dans Internet;
  • Se souvenir des objectifs du cours fixés par le professeur.

Tout compte fait, gardons présent à l’esprit que dans tout processus d’apprentissage significatif [ii], seule compte la base qu’on donne à l’élève, derrière qui se cache toujours un enfant. Dès les premières années de la vie, il faut savoir et pouvoir jeter les bases de l’avenir, ou mieux du devenir d’un enfant. Une fois ce travail bien fait au départ, parents et enseignants n’auront plus à courir ou à se planter derrière lui. Tout au long du processus évoqué, quelques rôles se précisent de la part de chacun et de tous.

 


[i] Albert AZEYEH « De l’Ecole de la dépendance à l’Ecole de l’auto-promotion », In Annales de la FALSH, Université de Ngaoundéré, Vol.III, 1993, p.131-149.

[ii] Serge Romain Omgba « Enseigner aujourd’hui. Stratégies actives de l’apprentissage significatif », Paris, L’Harmattan, 2015.

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Magloire Kede Onana

Magloire Kede Onana

Magloire Kede Onana, Ph.D., est Docteur d’Université Paris-Est (Philosophie de l’éducation) et consultant conseil en organisation et conduite du changement.

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