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Apprentissage autochtone, Design technopédagogique, Évaluation

Les technologies de l’information et des communications pour favoriser la réussite scolaire des élèves des Premières Nations

Avec le plan d’action en matière d’éducation du ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada (2005)[1], les Premières nations du Québec s’engagent à offrir à leurs enfants une éducation de qualité qui leur permettra d’atteindre leurs objectifs en matière d’études. Au cours des dernières années, la mise en place des services éducatifs axés sur la réussite scolaire est devenue une priorité nationale non seulement pour les intervenants du milieu scolaire, mais également, à une plus grande échelle, pour l’ensemble des communautés autochtones.

Depuis quelques années, de nombreuses études ont démontré que les nouvelles technologies ont une incidence sur les capacités d’apprentissage des élèves.  Ainsi, nous tenterons d’étudier l’impact de l’intégration des nouvelles technologies sur le rendement scolaire des élèves des Premières nations du Québec. En vue d’améliorer la réussite scolaire des jeunes autochtones, il s’avère donc essentiel de mieux connaître les modalités d’intégration des technologies de l’information et des communications (TIC) par les enseignants autochtones et non autochtones qui œuvrent dans les écoles des Premières nations du Québec. Le but de cette recherche est d’identifier, de comprendre et d’analyser les facteurs sous-jacents à l’appropriation et à l’intégration des TIC par les enseignants qui œuvrent dans les communautés autochtones des Premières nations du Québec notamment dans celles de Mashteuiatsh et de Betsiamites.

IMPACT DES TIC

Quel est l’apport des TIC à l’apprentissage pour les élèves autochtones? Déjà en 1993-1994, le Conseil supérieur de l’éducation du Québec reconnaissait l’importance de l’utilisation des technologies de l’information et des communications en éducation.

Reconnaissant que plusieurs élèves issus des Premières nations présentent d’importants retards scolaires, l’enseignement virtuel pourrait représenter une solution efficace.

Ces outils informatiques et technologiques doivent faciliter l’accès à la connaissance, la transmission du savoir, la communication et l’interaction sociale entre les élèves, les enseignants et les institutions scolaires. Accessibles localement ou à distance, les TIC permettent aux écoles de s’ouvrir à de nouveaux horizons, cette ouverture sur le monde s’opérant à travers des outils différents. De fait, par l’intermédiaire des TIC, de nouvelles collaborations peuvent s’établir entre communautés autochtones et institutions d’enseignement. Par l’entremise de la vidéo-conférence, il est possible de relier les différents personnels de l’école à d’autres établissements scolaires au Canada et à l’étranger, ce qui facilite les interactions sociales. Cette technologie a l’avantage de faciliter l’accès à la formation aux communautés éloignées et isolées tout en les aidants à surmonter les défis de la dispersion géographique. Une initiative de formation par l’usage des TIC au sein de la communauté autochtone Sahtu située dans une région isolée des Territoires du Nord-Ouest a fait la démonstration d’une collaboration élargie entre personnes. Au sein de cette communauté, la carence de ressources empêche les élèves d’avoir des enseignants pour dispenser l’ensemble des cours. Grâce aux TIC, des élèves de cette communauté peuvent suivre des cours obligatoires d’études du Nord jusqu’à la 12e année tout en demeurant dans leur communauté.  Ils reçoivent ainsi une formation par Internet, tout en faisant l’acquisition d’aptitudes informatiques. Dans ce cas, l’implantation des nouvelles technologies permet de résoudre de manière originale des problèmes de formation auxquels les communautés du Nord sont quotidiennement confrontées.[2] Depuis quelques années, le ministère de l’Éducation des Territoires du Nord-Ouest a recours aux TIC pour faciliter l’accès à la formation pour les communautés autochtones.

Reconnaissant que plusieurs élèves issus des Premières nations présentent d’importants retards scolaires[3] (ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada, 2005), l’enseignement virtuel pourrait représenter une solution efficace. Ainsi, les élèves qui butent sur une notion théorique peuvent revenir en arrière, faire du rattrapage, adapter l’enseignement à leur rythme d’apprentissage et acquérir les aptitudes requises pour comprendre cette notion. En conséquence, l’utilisation des TIC peut aider les élèves autochtones à améliorer leurs résultats scolaires et renforcer leur estime de soi tout en encourageant l’acquisition de nouvelles compétences.[4]

Reconnaissant qu’Internet est un moyen d’accès au savoir qui aiguise et assouvit la curiosité des élèves, il semble pertinent de présenter une initiative réalisée conjointement entre le gouvernement du Yukon et la compagnie de télécommunications Northwestel. Cette association a nettement amélioré l’infrastructure des télécommunications à l’échelle du Yukon. Ainsi,  cette initiative a permis à tous les élèves de la maternelle à la 12e année de la St. Elias Community School des Premières nations de Haines Junction d’avoir un accès à Internet.[5] Grâce à Internet, les communautés autochtones ont accès à une multitude de services de télécommunications, dont la vidéoconférence et la formation en ligne. Bien que le branchement à Internet soit nécessaire pour faciliter l’intégration des TIC, il est jugé essentiel d’offrir un soutien technique continu aux enseignants. Par la maintenance régulière des équipements technologiques, on diminuera les contraintes liées aux bris.

ENQUÊTE RÉALISÉE

En raison des objectifs de recherche servant de point de référence – soit d’identifier, de comprendre et d’analyser les facteurs sous-jacents à l’appropriation et à l’intégration des TIC par les enseignants qui œuvrent en milieu scolaire au sein des communautés autochtones des Premières nations du Québec – cette étude peut s’inscrire comme une recherche qualitative de nature essentiellement descriptive. Sur le plan de la collecte de données, soulignons d’abord qu’un questionnaire a été soumis à des enseignants (n=33) et un second questionnaire a été distribué aux élèves (n=80) ainsi qu’un troisième destiné aux étudiants de l’éducation des adultes (n=9). De plus, des entrevues individuelles semi-dirigées auprès des directions d’écoles ou de secteurs (n= 7), auprès d’enseignants (n= 8), auprès d’élèves (n=2) ainsi qu’auprès de deux techniciennes en bibliothèque et d’un technicien en informatique. Des entrevues de groupe ont été également réalisées auprès des enseignants (n groupe=7) et auprès d’élèves (n groupe=17) ainsi qu’auprès d’un groupe de neuf étudiants de l’éducation des adultes, de même qu’auprès d’un groupe des ressources de développement pédagogique des milieux scolaires des communautés autochtones de Mashteuiatsh et de Betsiamites. Les données recueillies lors de l’étude terrain ont été examinées selon la méthode d’analyse de contenu adaptée de L’Écuyer.[6] Nous avons utilisé le logiciel SPSS version 14 pour produire l’analyse descriptive des fréquences des réponses visant à documenter en nombre et en pourcentage chacun des énoncés issus des questionnaires.

Le tableau suivant résume  l’échantillonnage utilisé dans le cadre de cette recherche, soit les personnels impliqués et leur nombre respectif.

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QU’AVONS-NOUS TROUVÉ?

Grâce à l’analyse des données quantitatives et à l’analyse de contenu du verbatim, l’usage des TIC par les enseignants se traduit par une multitude d’activités, porteuses de sens et d’apprentissage pour les élèves. Ainsi, à la question « Depuis combien d’années amenez-vous vos élèves à utiliser les TIC ? », on note que 30,3 % (n=10) des enseignants déclarent appeler leurs élèves à utiliser les TIC depuis plus de 5 ans et 21,2 % (n=7) les amènent depuis un ou deux ans alors que 18,2 % (n=6) mentionnent les amener depuis moins d’un an.

Les nouvelles technologies permettent aux jeunes non seulement de s’amuser mais aussi de découvrir des horizons inconnus, de satisfaire leur curiosité et de faire de nouveaux apprentissages. Pour certains enseignants de notre échantillonnage, les TIC représentent un outil complémentaire à la pédagogie. À ce titre, une enseignante en adaptation scolaire et sociale de l’école Nussim utilise les TIC pour compléter les apprentissages de ses élèves. « Moi, je pense que c’est un outil qui peut compléter la pédagogie (…) moi,  je vois ça comme un complément. (Document BEPASSENI4, page 372)[7]. Comme le souligne une autre enseignante qui  pratique à l’école secondaire de Mashteuiatsh, les TIC représentent un outil d’apprentissage :

Moi, je le vois plus comme une ressource ou comme un outil (…) dans la mesure que je fais un film avec mes élèves où que je fais une présentation Powerpoint, donc c’est une ressource parce qu’il y a des informations et c’est aussi un outil  parce qu’il faut que je l’utilise. (Document MESEKMA, page 144)[8]

Une étude réalisée en Nouvelle-Zélande par McKinnon, Nolan et Sinclair[9] semble démontrer que l’utilisation de l’ordinateur contribuerait à augmenter l’apprentissage des élèves dans les domaines disciplinaires suivants : anglais, mathématique et science. Une enseignante de l’école primaire Nussim de Betsiamites utilise les TIC pour aider ses élèves à acquérir « (…) des compétences en français et en mathématique et pour les matières principales » (Document BEPENG, page 322)[10]. Notons également qu’une autre enseignante dit utiliser les TIC auprès de ses élèves pour consolider leurs apprentissages dans différents domaines disciplinaires : « Bien nous autres, quand on vient ici au laboratoire d’informatique, ils ont des travaux à faire en français et au niveau des mathématiques aussi » (Document BEPASSENI9, page 382)[11].

De nombreux chercheurs ont constaté que l’utilisation de l’ordinateur par les enseignants entraînait, chez l’élève, un rendement scolaire supérieur en littératie : écriture, lecture et vocabulaire. À ce sujet, une  enseignante  de l’école Nussim de Betsiamites déclare que ses élèves apprennent « (…) des mots de vocabulaire au niveau du français, il y a certains mots qu’ils ont déjà vus et d’autres qu’ils apprennent » (Document BEPASSENI9, page 384).

On reconnaît que le caractère visuel, animé et interactif des nouvelles technologies semblent profiter à l’apprentissage des élèves. Parmi les informations recueillies auprès des élèves, 68.8 % (n=55) de ces derniers ont déclaré apprendre mieux quand ils utilisent l’ordinateur. En effet, selon une enseignante en adaptation scolaire et sociale,  les élèves sont attirés « (…) par le jeu, par le visuel, ça attire l’enfant, donc l’enfant peut faire des choses adaptées, des apprentissages sans trop s’en rendre compte » (Document BEPASSENI4, page 372). À ce propos, il semble pertinent de relater les dires d’un élève qui fréquente l’école Nussim de Betsiamites : « Oui, j’aime ça parce que l’on apprend plein de choses là dedans (…) on peut apprendre à lire, on peut apprendre à écrire » (BEN31B, page 387)[12]. En lien avec les dires de cet élève, les travaux de Marty[13] (2000) ont démontré que « (…) les petits apprennent plus vite à écrire et à lire, les grands améliorent leur orthographe et leur graphie » (p.5) quand ils utilisent les nouvelles technologies.

Les résultats de travaux de recherche réalisés par Stevenson[14] ainsi que Harris et Kington[15] auprès d’élèves en difficulté d’apprentissage démontrent que l’utilisation de l’ordinateur améliorait leur rendement scolaire. Ainsi, une éducatrice en adaptation scolaire et sociale a eu recours à l’Internet pour inciter son fils, en difficulté d’apprentissage,  à pratiquer les tables de multiplications à la maison. Elle nous a donc partagé son expérience personnelle :

(…) j’ai un petit garçon de 13 ans et il a de la difficulté d’apprentissage à l’école. Il n’est pas fort, mais je pense que c’est en général en math (…). Je voulais donc trouver des façons pour l’aider en multiplication. J’ai été sur Internet, j’ai trouvé des multiplications, j’ai photocopié ça, j’en ai mis un peu partout chez nous pour l’aider justement. Ça nous facilite vraiment la tâche et je pense aussi pour les enfants. (Document BEPENEI12, page 341)[16]

Par le biais de l’Internet, cette éducatrice a recréé l’école à la maison afin d’aider son fils dans ses apprentissages. En somme, l’élève qui utilise les TIC apprend non seulement à acquérir de nouveaux apprentissages, à exploiter l’information et à reconnaître diverses sources d’informations mais aussi à exercer son jugement critique.

QUELLES LEÇONS TIRER POUR L’ÉDUCATION EN CONTEXTE AUTOCHTONE ?

Selon les propos des enseignants, les TIC représentent un outil complémentaire à leur pédagogie facilitant ainsi l’acquisition de nouveaux apprentissages chez leurs élèves. Les différents personnels impliqués dans notre recherche semblent reconnaître que les nouvelles technologies appuient l’apprentissage des élèves. De toute évidence, les TIC favoriseraient, chez l’élève, le développement de compétences d’ordre transversales telles que les compétences intellectuelles (exploiter l’information, résoudre des problèmes, exercer un jugement critique), de compétences  technologiques (usage de l’ordinateur), de compétences méthodologiques liées à la recherche documentaire (utilisation de moteur de recherche) et de compétences d’ordre disciplinaire (français, mathématiques) de même que de compétences personnelles et sociales (collaboration avec les pairs). De plus, les résultats de cette étude laissent entrevoir que les TIC auraient également un effet bénéfique sur l’apprentissage des élèves ayant des troubles d’apprentissage.

Il importe de rappeler que l’intégration des TIC est perçue comme un processus complexe, continu et évolutif à travers le temps.

Reconnaissant que les jeunes ont un engouement pour les TIC et qu’ils sont les principaux navigateurs et éclaireurs de la génération Internet, il est urgent ici d’assurer aux jeunes l’accès à ces nouvelles technologies, aux compétences, aux connaissances et aux savoirs nécessaires pour leur garantir un avenir meilleur.

CONCLUSION

En guise de conclusion, il importe de rappeler que l’intégration des TIC est perçue comme un processus complexe, continu et évolutif à travers le temps. Pour les enseignants qui œuvrent en milieu autochtone, le défi d’une intégration pédagogique des TIC implique une intervention énergique sur plusieurs fronts puisqu’ils devront composer avec de nombreux facteurs. Nous devons reconnaître que l’intégration des TIC représente un véritable défi puisque cette intégration est plus qu’un objet d’étude, mais un outil au service de l’acte d’enseigner et de l’acte d’apprendre.

Pour maximiser l’apprentissage des élèves par l’usage des TIC dans les écoles des communautés autochtones des Premières nations du Québec, il faudra déployer des actions concertées entre les leaders du gouvernement, le secteur privé et les communautés autochtones pour mettre en place des stratégies technologiques solides et des infrastructures suffisantes.

RECAP – Extensive research-based evidence has demonstrated the impact of new technologies on students’ learning abilities. This article examines this impact as it pertains to Quebec’s First Nations students and their academic results. Archambault and Karsenti share their findings based on a study that was conducted in communities of Mashteuiatsh and Betsiamites.  They found that developing a better understanding of how native and non-native teachers integrate and make ICTs their own is critical to their students’ success.  The authors conclude that, in order to maximize the learning outcomes of these students, leaders in government, the private sector, and in native communities must make a concerted effort to implement solid technological strategies and infrastructures.


[1] Ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada. (2005). Les Nations. Ottawa : Gouvernement du Canada.

[2] Greenall, D., Loizides, S. (2001). Un monde numérique : Espoirs pour les Autochtones – Répondre aux besoins des Autochtones en matière d’acquisition du savoir grâce aux technologies d’apprentissage. Le Conference Board du Canada.

[3] Ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada. (2005). Op.cit.

[4] Greenall, D., Loizides, S. (2001). Op.cit.

[5] Ibid.

[6] L’Écuyer, R. (1990). Méthodologie de l’analyse développementale de contenu. Méthode GPS et concept de soi. Québec : Presses de l’Université du Québec.

[7] Signification de l’acronyme BEPENE14 : Betsiamites Enseignante du niveau primaire de l’école Nussim, Entrevue Individuelle numéro 14.

[8] Signification de l’acronyme MESEKMA : Mashteuiatsh Enseignants du niveau secondaire de l’école secondaire Kassinu Mamu du groupe A.

[9] Mckinnon, D.H., Nolan, C.J.P., Sinclair, K.E. (1996). The Freyberg Integrated Studies Project in New Zealand: A longitudinal Study of Secondary Students’ Attitudes Toward Computers, Their Motivation and Performance.  International Conferences on Technology and Education, p. 463-465.

[10] Signification de l’acronyme BEPENG : Betsiamites Enseignante du niveau primaire de l’école Nussim, Entrevue de groupe.

[11] Signification de l’acronyme BEPASSENI9 : Betsiamites Enseignante du niveau primaire en adaptation scolaire et sociale de l’école primaire Nussim, Entrevue individuelle numéro 9.

[12] Signification de l’acronyme BEN31B : Betsiamites Elèves de l’école Nussim du groupe 31.

[13] Marty, N. (2000). Écouter les élèves quand ils parlent d’ordinateur. Les dossiers de l’ingénierie éducation. Document électronique téléaccessible à l’URL :  http://www.cndp.fr/archivage/valid/14308/14308-2448-2578.pdf (accès 25 janvier 2010)

[14] Stevenson, K.R. (1999). Evaluation report-Year 3.Middle school laptop program. Beaufort County School District. Beaufort, South Carolina.

[15] Harris, S. & Kington, A. (2002) Innovative Classroom Practices Using ICT in England, Slough, NFER, 1903880351.

[16] Signification de l’acronyme BEPENEI12 : Betsiamites Enseignante du niveau primaire de l’école Nussim, Entrevue individuelle numéro 12.

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Thierry Karsenti

Dr. Thierry Karsenti

Canada Research Chair on Technologies in Education, Université de Montréal - Professeur, Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le numérique en éducation, Université de Montréal

Thierry Karsenti, Ph.D., est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies en éducation, Université de Montréal.

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Hélène Archambault

Hélène Archambault, M. Ed., Ph. D., est professeure agrégée à l'Université de Saint-Boniface. Ses intérêts de recherche portent sur l'intégration des technologies de l'information et des communications, les pratiques pédagogiques des enseignants et leur développement professionnel.

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