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Enseignement

L’enseignant : maître d’œuvre de son projet de développement professionnel?

La formation initiale se prolonge petit à petit à travers le Canada, passant récemment de huit mois à quatre trimestres en Ontario, ce qui reflète la complexification de la profession et les multiples compétences demandées aux enseignants d’aujourd’hui. Avec cet enrichissement de la formation initiale, est-ce que la formation continue est toujours pertinente? Nous entendons souvent parler de développement professionnel des enseignants, mais qu’est-ce que cela veut vraiment dire pour un enseignant d’aujourd’hui qui cherche avec un certain désespoir à mieux comprendre ses élèves en difficulté, qui veut augmenter son expertise pour maîtriser de nouvelles technologies et qui veut simplement du temps pour tout accomplir dans une journée bien remplie? L’obligation de continuer sa formation pour se développer d’une façon professionnelle peut sembler être la goutte d’eau qui fait déborder le vase! Mais il est possible de voir le développement professionnel justement en lien avec les besoins des enseignantes. Selon Uwamariya et Mukamurera,

« (…) le développement professionnel est un processus de changement, de transformation, par lequel les enseignants parviennent peu à peu à améliorer leur pratique, à maîtriser leur travail et à se sentir à l’aise dans leur pratique »1 . La dernière partie de cette phrase est souvent oubliée, car plusieurs membres de la profession enseignante n’ont pas accès à un processus de développement professionnel leur permettant de se sentir plus à l’aise dans leur pratique.

 Pour faire le lien entre ce processus de transformation et la professionnalisation de la profession, il faut que l’enseignant soit engagé directement dans son développement. Actuellement, les formations collectives ponctuelles, les colloques et les congrès ainsi que les formations individuelles sont les occasions de formation les plus courantes. Les conférences obligatoires ont parfois leur place, mais sont souvent les moins appréciées du personnel enseignant, car le lien entre les informations présentées et les besoins de chacun est souvent difficile à faire. Les enseignants ont majoritairement un grand intérêt envers la formation continue et leur développement professionnel. Cependant, lorsqu’ils sentent qu’ils n’ont aucun contrôle ni sur la nature de la formation ni sur la mise en application, ils perdent rapidement l’intérêt à poursuivre, car la pertinence n’est pas évidente. Certains peuvent même avoir l’impression que la formation ajoute à leur tâche au lieu de les aider à mieux faire.

 La professionnalisation prend en compte la nature complexe de l’enseignement et les besoins variés des enseignants à différents moments de leur carrière. Elle nécessite, par conséquent, que l’enseignant prenne un rôle actif dans son développement en terme du choix d’activités et à sa façon d’intégrer ses apprentissages dans sa pratique. Cet engagement est au cœur même du processus de changement et de transformation pour l’amélioration. Récemment, le Conseil supérieur de l’éducation du Québec a publié un avis sur le développement professionnel des enseignants intitulé Le développement professionnel, un enrichissement pour toute la profession enseignante, où il note dans l’introduction que « (…) une enseignante ou un enseignant engagé dans sa profession est plus susceptible d’établir une relation signifiante avec ses élèves, et par conséquent, de répondre à ses besoins »2. Ce document est basé sur une étude à grande échelle auprès des différents acteurs du milieu scolaire pour mieux comprendre l’état du développement professionnel des enseignants du secondaire au Québec. Cette recherche a démontré qu’il existe des initiatives exemplaires de développement professionnel, mais elles sont dispersées plutôt que standardisées et disponibles à tous.

 À la suite de ces consultations, le Conseil supérieur de l’éducation recommande que tous les enseignants créent un projet personnel de développement professionnel concret, qu’ils discutent de ce projet régulièrement avec la direction de leur école et qu’ils contribuent à l’élaboration d’un projet collectif au sein même de leur école. Chaque enseignant doit être maître d’œuvre de son projet de développement professionnel, mais il doit aussi pouvoir compter sur le soutien et la collaboration de la direction de l’école, de la commission scolaire, du ministère de l’Éducation et des chercheurs en éducation. En même temps, cette communauté élargie qui offre du soutien et fournit aux enseignants les moyens de se développer doit aussi reconnaître et valoriser l’expertise du personnel enseignant.

 Mais comment trouver du temps à s’engager dans des activités supplémentaires de formation continue dans une vie professionnelle déjà trop remplie?

Le personnel enseignant déplore le manque de temps à consacrer à élaborer des planifications et des évaluations, mais ce qu’il manque surtout, c’est du temps avec des collègues pour planifier ensemble, discuter des approches variées, comparer des résultats d’expériences en classe avec des élèves et faire le point sur leur enseignement. Au Québec, les journées pédagogiques ont été conçues pour permettre cet espace-temps nécessaire aux échanges et à la réflexion collective au sein de groupes d’enseignantes et d’enseignants du même niveau, du même sujet ou des mêmes élèves. L’existence des journées pédagogiques fait partie des conditions nécessaires pour le développement professionnel collectif, car l’échange, la collaboration et le partage entre pairs forment la base d’une pratique réflexive et du développement professionnel tout au long d’une carrière.

Recap – What does the concept of professional development (PD) really mean to today’s teachers, who are desperately trying to better understand their students with difficulties while at the same time build their own expertise to master new technology? They want time to do their work properly, but if professionalization is to occur, teachers must be directly engaged in a professional development project. Already grappling with very busy work days, some teachers deplore, with reason, the lack of time for PD and sometimes have the impression that training adds to their workload instead of helping them be more effective. The author invites us to think about an appropriate use for pedagogical days: she believes that they should essentially be devoted to the space/time each teacher needs for PD.

Photo: iStock

Première publication dans Éducation Canada, mars 2015


 

1 Uwamariya, A. et Mukamurera, J. (2005). Le concept de développement professionel en enseignement : approches théoriques. Revue des sciences de l’éducation, 31(1), 133-155.

2 Conseil supérieur de l’éducation (2014). Le développement professionnel, un enrichissement pour toute la profession enseignante. Québec : Gouvernement du Québec. P.2.

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Lynn Thomas

Lynn Thomas, Ph.D., est professeure titulaire au Département de pédagogie et didacticienne en anglais langue seconde. Elle est également membre de la Commission de l’enseignement secondaire du Conseil supérieur de l’éducation du Québec.

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