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Communauté scolaire, Le Réseau ÉdCan

Et si on travaillait ensemble?

Comment favoriser l’engagement des parents lors d’un plan d’intervention.

Les rencontres dans le cadre d’un plan d’intervention ne sont pas toujours des moments évidents pour les équipes-écoles et… pour les parents. Cet article expose, à partir de faits vécus, quelques éléments de réflexion afin d’encourager la participation active des parents d’élèves à besoins particuliers à titre de partenaires.

Comment se préparer?

« Bon, c’est l’école! Qu’est-ce qui se passe encore? »

Voilà souvent le genre de question que se poseront les parents lorsqu’ils recevront une invitation pour planifier une rencontre. La préparation est incontournable avant cette convocation. Tout d’abord, soyez au clair avec l’objectif :

  • Voulez-vous mettre en place une démarche de plan d’intervention ou évaluer un plan en cours?
  • Avez-vous réfléchi en équipe en premier lieu sur les besoins de l’élève puis à des possibilités de moyens à mettre en place?
  • Les moyens actuels sont-ils efficaces?

Dans cette étape comme dans toutes les autres, il importe de demeurer centré sur les besoins : Xavier a besoin d’être recentré fréquemment sur sa tâche et non d’évoquer tout de suite des moyens : Il faut une accompagnatrice à Xavier! Il ne faut surtout pas s’appuyer sur des jugements : Xavier n’est pas sérieux et ne fait jamais les tâches demandées au bon moment! Lorsque l’équipe s’entend sur une définition des besoins de l’élève, il sera plus facile de répondre au premier questionnement des parents lorsqu’ils communiqueront pour fixer le rendez-vous. Des réponses plus précises que : c’est difficile ou ça ne va pas bien… permettront de situer plus clairement les parents.

Accueillir les parents

« Nous sommes des spécialistes de la pédagogie et vous les spécialistes de votre enfant, nous avons besoin de votre aide pour l’aider. Voici un canevas de plan d’intervention que nous désirons compléter avec vous. »

Voilà le message qui pourrait susciter l’engagement des parents en leur donnant un pouvoir légitime et en situant la responsabilité de l’équipe-école. Rien n’est plus démotivant ou intimidant que d’avoir simplement à signer un formulaire où tout est déjà convenu. Pour les mettre à l’aise, il est souhaitable que la direction seule accueille les parents. Beaucoup d’émotions les habitent, ils sont souvent inquiets. Les autres intervenants pourront s’ajouter ensuite en se présentant. J’ai adopté cette façon de faire après une première expérience en tant que direction d’établissement alors que des parents se sont retrouvés, à mon grand désarroi, très intimidés devant une grande équipe d’intervenants.

Communiquer efficacement

« Madame, je crois que le problème de Mélanie relève de la métacognition! »

Jamais je n’oublierai la réaction de la mère de Mélanie : « Est-ce que cela se guérit? » Ce moment m’est souvent revenu en mémoire pour rappeler l’importance d’utiliser un langage accessible afin de soutenir l’engagement des parents dans la rencontre. De plus, j’ai constaté l’efficacité de la reformulation pour assurer une compréhension commune et poursuivre ensemble l’échange.

  • N’hésitez pas à « changer de chapeau », parfois c’est le directeur qui parle, à d’autres moments c’est la mère de famille ou l’enseignante qui a vécu une difficulté semblable avec son propre enfant. Ce partage rassure souvent les parents.
  • Invitez fréquemment les parents à intervenir pour émettre leurs commentaires et suggestions. Cette ouverture est valorisante pour eux et informative pour l’équipe. Leurs idées pourraient vous surprendre et vous amener vers de nouvelles avenues.
  • Privilégiez un langage inclusif : « Voici ce que nous pourrions faire tous ensemble pour Pascal… »

Une situation particulière demande plus d’attention. Ainsi, dans le cas où un résultat d’évaluation par exemple psychologique doit être communiqué. Après une expérience malheureuse ou l’élaboration du plan d’intervention suivait la rencontre avec la psychologue scolaire seule, nous avons ensuite décidé de faire deux rencontres distinctes. L’annonce d’un diagnostic n’est pas toujours facile pour les parents qui ont alors besoin de quelques jours pour intégrer cette nouvelle donnée. L’économie de temps souhaitée en combinant les deux rencontres ne s’est pas avérée une bonne idée. La deuxième rencontre a donc eu lieu plus tard quand les parents nous ont avisés qu’ils étaient prêts. Pour faciliter la préparation des rencontres, j’avais préparé une grille qui s’inspire de celle bien connue de Laswell1 :

Et si on travaillait ensemble

Garder le lien

« J’aime mieux quand l’enseignante me fait un petit téléphone… » (Mère de Nicolas, élève du préscolaire).

« C’est bizarre, ce parent signe n’importe quoi dans l’agenda! » (Josée, enseignante en 6e année).

En fin de rencontre, informez-vous de la façon dont les parents veulent recevoir l’information concernant le suivi au plan d’intervention. J’ai déjà travaillé avec des parents qui étaient analphabètes fonctionnels (cette situation est plus fréquente qu’on le croit). Nous avons donc privilégié les appels téléphoniques ou les petites rencontres en présence quand les parents venaient chercher leur enfant au service de garde. Cette situation ne s’annonce pas spontanément, soyez donc à l’affut des remarques des parents et des indices soulevés par les intervenants lors de leurs échanges avec les parents. Vérifiez si les parents sont à l’aise avec les mémos dans l’agenda ou les messages courriel. Bref, là aussi soyez souple, mais dans un contexte réaliste. 

Et si ça ne va pas?

J’avais partagé avec une consultante les insatisfactions que je ressentais avec des parents plus difficiles d’approche. À sa suggestion j’ai examiné un questionnaire élaboré par David Servan-Schreiber2. J’en ai fait une adaptation pour des rencontres de plan d’intervention et cette approche a souvent porté des fruits.

 

L’implication des parents d’élèves à besoins particuliers dans le cheminement de leur enfant demeure un défi important empreint d’émotion et de questionnement. En travaillant ensemble, on peut arriver à travailler en partenariat pour le plus grand bien de ces élèves.

 

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Illustration : iStock


1 Laswell, H.D. (1902-1078), sociologue américain.

2 Servan-Schreiber, D. (2003). Guérir. Paris : Robert Laffont.

Portrait de l’expert

Jocelyne Chevrier, Ph. D.

Professeure au département de Gestion de l’éducation et de la formation à l’Université de Sherbrooke

Jocelyne Chevrier, Ph.D., est professeure au département de Gestion de l’éducation et de la formation à l’Université de Sherbrooke. Durant 20 ans, elle a été direct...

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